Afrique Sénégal

Où aller pour un premier voyage en Afrique ?

15 mars 2018
On parle peu de l’Afrique d’un point de vue touristique. L’année dernière, j’ai consacré une chronique à la Tanzanie à l’émission Salut bonjour week-end, à TVA, suite à un voyage avec Terres d’aventure. Dimanche dernier, j’ai eu l’occasion de parler de mon amour pour le Sénégal dans la même émission, à laquelle je collabore avec beaucoup de bonheur depuis plus de quatre ans.
D’entrée de jeu, il m’est apparu nécessaire de faire une mise en contexte. Les destinations africaines ne sont pas forcément les premières qui viennent à l’esprit aux habitués de la formule «tout compris» ! Pourquoi consacrer une chronique à un coin du monde qui ne fait pas (encore) courir les foules ? D’abord parce que le continent africain connaît un essor touristique non-négligeable, comme j’en ai récemment parlé sur Avenues.ca. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, le nombre de visiteurs devrait doubler d’ici 2030.
Les raisons de cet intérêt grandissant sont nombreuses : visas plus simples à obtenir qu’avant dans plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud, meilleures liaisons aériennes et maritimes dans certains pays, fin de l’épidémie d’Ebola… Outre les destinations prisées par les amateurs de safaris comme le Kenya, la Namibie, le Bostwana et l’Afrique du Sud et les plages paradisiaques de l’île Maurice, des Seychelles et autres Zanzibar, bien des contrées africaines restent entourées d’une aura de mystère. Raison de plus pour enclencher la machine à rêves, en cette époque où tout a été montré et remontré (et retouché) sur Instagram ! Pas étonnant que le royaume du Wakanda de Black Panther fasse fantasmer les voyageurs…

Afrique 101

Bien entendu, il faut plus qu’un long week-end pour se rendre sur le continent africain depuis le Québec. C’est pourquoi il est nécessaire de bien préparer un tel voyage.
Comme je l’ai mentionné pendant ma chronique, l’Afrique, c’est plusieurs pays aux cultures bien distinctes (on trouve même souvent plusieurs cultures dans un même pays – quand vous aurez une minute, lisez sur la manière dont ont été tracées les frontières sur le continent…). Le choix d’une destination dépend bien sûr de ses intérêts, mais aussi de l’accessibilité et de la sécurité. Exemple très concret : je rêve d’explorer le Pays Dogon, au Mali, depuis 1999, mais ce n’est pas le moment de s’y rendre à cause de la présence accrue de groupes armés au pays.
Quand on parle d’accessibilité, il faut aussi prendre en considération les questions des coûts, de la facilité à voyager ET de son expérience comme voyageur. On a beau avoir bourlingué dans tous les pays d’Europe ou foulé le sol de tous les états américains, explorer l’Afrique, c’est autre chose. Dans certains endroits, se déplacer d’un point A à un point B prend des allures d’aventure rocambolesque. De là l’importance de s’informer adéquatement, de poser des questions à des gens qui s’y sont rendus dernièrement et de choisir l’option la mieux adaptée à sa situation. Partir avec un petit groupe est également à considérer, histoire de simplifier la logistique.

Moi à Ouaga en 1999

Avec Whoobi l’éléphant, pour un tournage au Burkina Faso

Au fil des ans, j’ai eu l’occasion de faire un stage de trois mois à Ouagadougou, au Burkina Faso, et des reportages au Mali. Me marier à un Sénégalais rencontré à Taïwan il y a 16 ans m’a amenée à explorer le pays de Youssou N’Dour de façon plus personnelle, puis journalistique. Lors de mon premier voyage au Sénégal, j’ai notamment réalisé des reportages sur les enfants de la rue à Dakar et à Saint-Louis. Le tourisme est venu plusieurs années plus tard…
C’est lors de mon récent voyage en famille, à la fin de 2017 et au début de 2018, que j’ai pris le temps d’enfiler mes lunettes de visiteuse. Ce séjour d’un mois m’a convaincue : le Sénégal se découvre aisément, même de manière indépendante.

En mode « vacances » à Sobo Badè, à Toubab Diallow

Plutôt sécuritaire et stable (suivez tout de même l’actualité), le pays compte de nombreux atouts, autant pour les amateurs de nature que les mordus d’histoires. Bien que, comme à Bali ou au Honduras, la mer recrache des déchets dans certains secteurs, on trouve encore de magnifiques plages, dont certaines quasi-désertes. La culture et les traditions garantissent, de plus, un voyage riche en surprises.

Pourquoi le Sénégal ?

Au-delà des paysages grandioses, ce sont surtout les gens qui marquent. On ne surnomme pas le Sénégal « pays de la Teranga » pour rien ! Le sens de l’hospitalité fait sans contredit partie des raisons pour lesquelles la majorité des gens qui quittent le pays jurent d’y revenir.

Bienvenue au Sénégal. #taxibrousse #carrapide #airfrance

Une publication partagée par Marie-Julie G / Taxi-Brousse (@technomade) le

Ancienne colonie française, le Sénégal a obtenu son indépendance en 1960. La majorité des gens scolarisés parlent français, ce qui simplifie la communication. Les Français visitent d’ailleurs depuis longtemps l’ex-colonie, surtout la Petite Côte, reconnue pour ses plages.
Le fait que le tourisme y soit relativement développé (ça dépend des secteurs !) comporte de nombreux avantages. Les infrastructures sont déjà en place, du moins, dans les zones les plus fréquentées. Outre les transports locaux, on peut embaucher un chauffeur ou carrément un taxi pour se déplacer un peu partout (je ne recommande pas de conduire, c’est un sacré bordel pour le non-initié). En faisant mes recherches, je suis tombée sur des pages Facebook de compagnies de chauffeurs, mais les meilleurs prix restent ceux des personnes recommandées par des contacts sur place, amis ou employés des hôtels où nous nous sommes arrêtés. À Dakar, il faut parfois héler plusieurs taxis pour arriver à trouver un bon prix. La patience est de rigueur !

Plage de Mbodiène, Petite Cote

Les habitants ont l’habitude de voir des étrangers et sont généralement courtois et sincèrement heureux d’aller vers vous. D’ailleurs, il ne faut pas s’étonner si quelqu’un vous demande trois ou quatre fois comment vous allez dans la même conversation : c’est une scène courante.
En contrepartie, certains vendeurs peuvent parfois se montrer insistants. J’ai cependant l’impression qu’ils le sont moins qu’avant (à moins que je me sois habituée ?). Comme partout, il y bien sûr des arnaqueurs. N’hésitez pas à valider une recommandation en posant des questions aux gens en qui vous avez confiance sur place. Servez-vous des réseaux sociaux, aussi, et des sites d’évaluation. Perso, je préfère toujours tout valider avec plus d’une source (ça vaut pour tous les types de voyage, partout).
Discuter avec les gens, particulièrement dans les villages, m’apparait essentiel non seulement pour mieux comprendre la mentalité et le contexte dans lequel vous vous trouvez, mais aussi pour constituer peu à peu ce que j’appelle son « réseau d’anges gardiens ». Ces liens sont particulièrement importants dans une société qui repose d’abord sur les rapports humains. Attention aux questions trop personnelles, toutefois : les Sénégalais deviennent très mal à l’aise dès qu’on aborde des sujets plus intimes. Par contre, il se feront un plaisir de vous parler en long et en large de leurs traditions, de leur histoire et de leur gastronomie.

De si rares et précieux moments en famille. ❤ #Sénégal

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De façon générale, la carte de l’humour permet de désamorcer bien des situations. Par exemple, au marché, où il est nécessaire de négocier pour le moindre achat, lancer des « Mais vous voulez me ruiner ? » avec de grands gestes façon soap nigérian et un regard complice détend l’atmosphère à tout coup (je précise que chez nous, c’est moi qui négocie même si Chéri est Sénégalais).
Bien sûr, le choc culturel risque d’être aussi au rendez-vous lors d’un premier séjour en terre africaine. Même après trois voyages au Sénégal, manger avec ma main dans le plat commun m’est encore difficile. On ne déprogramme pas des années d’éducation en quelques jours ! C’est beaucoup plus naturel pour les enfants, généralement. Ma fille a beau être mi-Québécoise, mi-Sénégalaise, sa « moitié » paternelle prend le dessus dès qu’on arrive là-bas, même si elle vit dans la contrée de sa mère depuis toujours.  La voir jouer avec les gamins du village me rappelle à quel point les enfants sont nos meilleurs « passeports » en voyage. Combien de discussions avec des « locaux » ont débuté par des jeux d’enfants ? Il faut dire qu’une famille « trois couleurs », au Sénégal comme ailleurs, pique souvent la curiosité.

Quelques incontournables touristiques

Près de Dakar, l’île de Gorée, où ont transité des millions d’esclaves destinés aux Amériques pendant près de 400 ans, fait partie des incontournables. La visite de la Maison des esclaves est à inclure absolument à son horaire pour mieux comprendre comment fonctionnait ce commerce. L’île sans voiture a tout d’un havre de paix, ce qui contraste avec le passé trouble des lieux.

Comme toutes les grandes villes africaines, Dakar est étourdissante, mais reste intéressante à visiter, ne serait-ce que pour ses marchés. Saint-Louis, ville coloniale qui se trouve au nord du pays, est aussi à découvrir.
Parmi les attraits touristiques les plus spectaculaires, mentionnons le lac Rose, dont l’intensité varie selon les conditions météo. Ce lac de 4 km contient plus de sel que la mer Morte ! Il doit sa couleur à la présence de micro-organismes qui prennent une teinte rosée sous l’effet combinée du soleil et du vent.
Bien que la faune ne soit pas aussi impressionnante qu’en Tanzanie ou au Kenya, on peut faire de mini-safaris. J’ai été agréablement surprise par la Réserve de Bandia, non loin de Dakar, où l’on a pu voir des zèbres, des girafes, des phacochères… Le superbe restaurant surprend aussi, car on peut y déguster des mets inusités comme un burger d’antilope, un émincé de zébu ou un pavé d’élan dans un cadre exotique. Attention toutefois : des singes coquins sont toujours prêts à venir voler la nourriture laissée sans surveillance !

Réserve de Bandia

Buffles droit devant !

C’est dans ce cadre idyllique que j’ai dégusté mon premier burger de zébu

Coup de cœur pour le Sine Saloum

Facilement accessible depuis Dakar, le Sine Saloum est à mettre absolument au programme pour avoir un aperçu des richesses naturelles sans trop s’éloigner de la capitale.
Il faut faire une visite en pirogue dans la mangrove et s’arrêter pour visiter des îles, comme celle où l’on peut faire la connaissance de la Reine de Sipo, personnage haut en couleur qui m’a fait penser à une version sénégalaise de 88 ans de Céline Dion (!!!) à cause de la manière dont elle bougeait et s’exprimait.

En pirogue dans la mangrove

Avec Fatou, la reine de Sipo

Elle, c’est Fatou, dite «la reine de Sipo». Elle vit sur l’une des îles du Sine Saloum, au Sénégal. _______ On l’appelle ainsi parce qu’il y a une vingtaine d’années, elle a aidé une Blanche à accoucher lors d’un déplacement. Reconnaissants, les nouveaux parents ont donné son prénom au bébé même si c’est un garçon et lui ont offert un peu d’argent, chose qu’ils ont promis de continuer à faire jusqu’à sa mort. Elle était aussi jadis l’épouse du chef du village, décédé aujourd’hui. _________ Le couple s’est mis à l’appeler «leur reine» et le surnom s’est propagé, jusqu’à devenir une sorte de légende. Les touristes de passage lui donnent maintenant quelques francs CFA pour se faire prendre en photo avec elle et l’entendre raconter son histoire. _______ C’est une vraie star, Fatou-la-reine. À 88 ans, elle prend un plaisir fou à poser pour les photographes du dimanche qui viennent lui rendre visite. _______ En l’observant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une autre star: Céline Dion. Je vous jure, elle avait les mêmes expressions et la même manière de bouger! _______ Elle m’a prise par surprise en me collant un gros baiser humide sur la joue quand on nous prenait en photo. Un sacré personnage! _______ #Sénégal #SineSaloum #AirFrance

Une publication partagée par Marie-Julie G / Taxi-Brousse (@technomade) le

J’ai eu de gros coups de cœur pour différents hébergements dans cette région, dont le Bonobo Lodge, sur l’île de Kathior, où l’on dort dans de petites cabanes et se réveille au chant des oiseaux, le Gîte de Mbellane, maisons traditionnelles sur pilotis qui se trouvent à l’entrée du parc national du Delta du Saloum, et La Source aux Lamentins, près du charmant village de Djilor Djidiack. J’ai découvert ces deux derniers endroits grâce au réseau Village Monde, qui met en valeur le tourisme villageois. Il est d’ailleurs possible d’effectuer une réservation par l’entremise de la plateforme Vaolo.
Si vous passez par Missirah, il faut aussi aller jeter un coup d’œil au grand fromager, qui aurait plus de 1000 ans !

Et tant d’autres coins à découvrir…

Je n’ai pas encore eu l’occasion de sillonner tout le Sénégal. Je ne me sens pas à l’aise, par exemple, d’aller jusqu’en Casamance par la route à cause de leur état, mais aussi des actes de violence qui ont eu lieu dans la région au fil des ans (pendant notre séjour, tout le monde m’assurait que tout était ok, jusqu’à ce qu’on apprenne que 13 hommes avaient été massacrés dans la forêt…). Si vous souhaitez vous y rendre, optez plutôt pour l’avion.
Lors de mon prochain séjour, je mettrai le cap sur Saint-Louis, que je n’ai pas visité depuis 2004, et le désert de Lompoul, dont tout le monde m’a dit beaucoup de bien. J’aimerais aussi beaucoup aller du côté du parc national du Niokolo-Koba et au Pays Bassari. Chose certaine, je retournerai à Toubab Diallaw, où se trouve Sobo Badè, fantastique espace de création, dont j’ai récemment parlé sur ce blogue.

Hormis le Sénégal, quelles seront mes prochaines destinations africaines ? Sans doute le Maroc à la fin juin, où je suis supposée accompagner un groupe de familles avec l’agence Esprit d’aventure. J’aimerais aussi beaucoup explorer la Namibie, l’Afrique du Sud, le Bénin, le Mozambique, Madagascar, l’île Maurice… Tant de contrées m’intriguent !

Se rendre au Sénégal

Le Sénégal compte deux saisons. La saison sèche, d’octobre à juin, est à mon avis le meilleur moment pour le visiter, notamment parce qu’il y a moins de moustiques, donc moins de risques de contracter la malaria.
De Montréal, il faut calculer environ 17 heures avec escale à Paris avec Air France.
Le plus simple reste de passer par une agence de voyages et de prendre part à une visite en petit groupe (je vous en reparlerai bientôt, mais j’accompagnerai sans doute un petit groupe au Sénégal à la fin de l’année). Sinon, il est facile de coordonner les transferts en contactant les hôtels ou gîtes où l’on souhaite résider. Sur place, on peut bien sûr opter pour le transport en commun, mais moi, je privilégie généralement les taxis. On peut s’en tirer à prix raisonnable en négociant un peu.
La plus grosse dépense sera sans doute le vol. Mieux vaut acheter ses billets le plus tôt possible ! Sur place, à part à Dakar, où les prix sont comparables à ceux des capitales du monde, on peut se loger à prix modiques. Notez cependant que plusieurs hébergements n’ont pas d’eau chaude. Généralement, on peut en faire chauffer pour vous ou vous prêter une bouilloire.

En route vers la plage !

Santé

L’histoire de ce Trifluvien qui a attrapé la malaria en Tanzanie a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières semaines. Il est heureusement tiré d’affaire et rentré au pays, mais sa mésaventure a beaucoup fait réfléchir. NON, souscrire à une assurance avant le départ n’est PAS un luxe (peu importe la destination) et OUI, il faut penser à sa santé avant le départ et se préparer adéquatement. Prenez le temps de vous informer à propos des vaccins et médicaments recommandés quelques mois avant le voyage et n’hésitez pas à poser des questions à un professionnel de la santé.
Personnellement, je vais régulièrement à la clinique santé voyage pour m’assurer d’avoir reçu les vaccins recommandés pour les destinations où je me rends. Je me sens beaucoup plus en sécurité, aussi, de prendre des anti-paludéens pendant mes séjours en Afrique. Ce sont des choses à prendre en considération dans le choix d’une destination parce que tout cela fait grimper considérablement le prix du voyage. Et bien sûr, ces choix sont très personnels. À lire : mon article sur les vaccins sur Avenues.ca.

Pour en savoir plus :

Afrique 101 : comment préparer son premier voyage

Le paradis se trouve à Sobo Badè

Il était une fois Djilor Djidiack, au Sénégal…

10 raisons de visiter le Sénégal, HuffPost Québec 

Je pars en Afrique, Avenues.ca

Escapade dans le Sine Saloum, Avenues.ca

Gorée je t’aime, je te déteste, Avenues.ca

Vacances africaines, sur Avenues.ca

Escale à Zanzibar

Sur les routes du nord de la Tanzanie

Partir en safari : que mettre dans le sac à dos ?

Dormir sous la tente en plein coeur du Serengeti

Du cratère du Ngorongoro au village massaï

Santé et voyage : des blogueurs racontent

Mes pires galères de voyage

Les marchés africains: pas reposants, mais fascinants

Insaisissable Afrique de l’Ouest

Merci à Air France, qui a pris en charge mon billet d’avion.

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2 Commentaires

  • Répondre Pélouas 21 mars 2018 - 15 h 09 min

    Voici une partie de la réponse à mon interrogation sur ton avenir! Une nouvelle corde à ton arc. Bravo ! Tiens, je vais proposer à Ariane un voyage au nord du 75ème parallèle !! il y aura moins de candidats que pour le Maroc et le Sénégal…

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 21 mars 2018 - 22 h 00 min

      C’est encore drôle… T’as vu ma chronique de cette semaine sur Avenues? Le nord n’a jamais été aussi tendance! 😀

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