Canada Livres

Cartes postales du Canada

19 avril 2017
Je l’ai souvent dit : je ne devais pas voyager. Je viens d’une famille bien enracinée. Mes parents n’ont jamais eu la bougeotte. Je suis partie un jour comme on met un pied devant l’autre, bébé. Parce que c’était la meilleure façon d’avancer. Parce qu’il le fallait. Je suis souvent tombée. Mais je n’ai jamais eu envie d’arrêter.
J’ai dû aller loin pour voir ce qu’il y avait tout près. Un cliché gros comme la Terre. La distance m’apparaît toujours, même après toutes ces années, la meilleure manière de tout rapprocher, à commencer par soi-même. Oui, un autre cliché.

Je les aime passionnément, les clichés, préférant sauter à pieds joints dedans plutôt que de les contourner. J’ai été une ado obsédée par le shopping, une jeune adulte ultra-carriériste et une amoureuse démesurément romantique. Voyager m’a guérie des deux premiers. L’amoureuse démesurément romantique a épousé sa passion pour l’ailleurs en choisissant comme partenaire de vie un Sénégalais rencontré à Taïwan. Sans doute l’être humain le rationnel que j’aie rencontré dans ma vie, d’ailleurs. Quinze ans plus tard, j’ai toujours la tête dans les nuages, mais tenir sa main me garde les deux pieds sur terre.
Voyager n’a toujours été, au fond, qu’un prétexte pour alimenter mon imaginaire. Les mots coulent tellement plus facilement quand je plonge dans l’inconnu. Un pas de côté et je risque de tomber dans le vide. Un autre en avant et je débouche sur une clairière dont je ne soupçonnais pas l’existence quelques minutes auparavant. Je ne connais rien de plus grisant que de me retrouver devant l’océan de possibilités qu’offre le voyage. Sauf, peut-être, tomber amoureux. Mais je n’ai plus eu envie, un jour, de m’égratigner une énième fois le coeur à force de fracasser le sol. Alors je n’ai plus lâché la main qui me retenait.

Un dixième livre

J’ai pris bien des détours avant d’écrire sur le pays qui m’a vu naître. Mon premier récit de voyage s’intitulait Cartes postales d’Asie (Mémoire d’encrier, 2007). Dix ans plus tard, j’ai eu à nouveau envie de ce format qui me permet une si grande liberté. De partager mon amour de « ces » Canada.
Car c’est ça, pour moi, le Canada : plusieurs pays en un, aussi dépaysants que ces contrées accessibles en plusieurs heures de vol.
J’ai senti ma mâchoire se décrocher devant les Badlands, en Alberta, comme jadis en Cappadoce, en Turquie. J’ai écouté les légendes de la ruée vers l’or au Yukon avec le même appétit que j’ai exploré les sites archéologiques en Grèce ou en Italie. Je me suis autant régalée des fruits de la mer au Nouveau-Brunswick qu’au Japon ou à Taïwan. Surtout, j’ai appris à voir mon bout du monde comme le bout du monde. Les copains étrangers avec qui j’ai parcouru le pays au cours de la dernière décennie y sont d’ailleurs pour beaucoup dans ce changement de lunettes.
Entre le désir d’écrire sur le Canada et la publication d’un bouquin sur le sujet, il y avait toutefois une marge. Le 150e anniversaire du pays m’est rapidement apparu comme le prétexte idéal. Vous dire à quel point j’étais aux anges quand mon éditeur a dit oui ! Mon défi s’avérait toutefois de taille : raconter mes aventures autant aux Québécois qu’aux Français. Tout un travail d’équilibriste.
Ce livre, je l’ai écrit entre le rire et les larmes, mais surtout en ressentant un bonheur profond. Devant mon ordinateur, j’ai revécu des rencontres marquantes et des émotions, en vrac, au fur et à mesure que je replongeais dans ma propre histoire, mais aussi dans l’Histoire.

L’une des affiches que j’ai chez moi

Si mes aventures restent le fil conducteur du livre, le passé de ce territoire fascinant s’est insinué dans chacune de ces cartes postales bien personnelles. Je m’intéresse au passé pour mieux comprendre le présent, mais aussi à tout ce que les puristes appellent des anecdotes. Je raffole du « potinage historique ». La première femme non-autochtone à explorer l’Alberta qui finit par épouser son guide. Le curé peu assidu à ses rendez-vous parce qu’il dépend de l’horaire des marées pour quitter son île. Le Chinois qui ouvre une buanderie dans la Vallée de l’Okanagan à l’époque de la construction du chemin de fer et propose alcool et femmes à l’étage supérieur pour permettre aux hommes de tuer le temps entre deux brassées. Les histoires dans l’Histoire : voilà ce qui me fait triper.
Je reste aussi une increvable romantique. Les vieilles affiches du Canadien Pacifique me font tellement rêver ! J’aimerais être cette fille insouciante, cheveux dans le vent, qui pose devant l’hôtel Banff Springs. Ou celle que regarde ce sexy Mounty à la moustache bien taillée. Être l’un des passagers de ce train si petit devant les montagnes immenses. Cette nostalgie d’époques que je n’ai pas vécues est omniprésente dans le livre.

Détours et hasards

Je ne devais pas voyager, mais je ne devais pas non plus m’enticher du Canada. Pour tout vous dire, en tant que Québécoise, une part de moi s’est longtemps sentie « en faute » de s’être ainsi laissée envoûtée par les provinces voisines. Après tout, il est de bon ton au Québec de lever le nez sur tout ce qui touche au ROC !
Vous l’aurez compris : Cartes postales du Canada n’est absolument pas un livre politique. C’est le récit d’une Québécoise originaire du Lac-Saint-Jean qui a parcouru la planète pour réaliser que l’aventure et les chocs culturels auxquels elle est tellement accro l’attendent aussi à deux pas de chez elle. D’une grande passionnée de trains, aussi, qui remonte le temps tout en regardant le paysage se transformer par la fenêtre du wagon. D’une trotteuse avec un fort penchant pour l’insolite, allant même jusqu’à boire un cocktail contenant un véritable orteil humain momifié.
Une histoire de détours et de hasards. Tout est toujours une histoire de détours et de hasards.
Alors voilà. Il existe, ce livre auquel j’ai tant rêvé. Vous n’avez pas idée à quel point ce projet me tient à coeur. Le plus beau cadeau que vous pourrez me faire est de l’acheter !

Si vous voulez en savoir plus, voici une entrevue maison réalisée dans les bureaux des éditions Michel Lafon. Pour entendre ma discussion avec Mathieu Beaumont à Week-end extra au 98,5, par ici !

MÀJ : Super-entrevue avec Caroline Dubois à CKOI à l’Émission du soir ! J’ai aussi parlé de Cartes postales du Canada à Isabelle Maréchal et à Week-end extra, au 98,5FM et à Debout les comiques à CKOI ! À lire également : entrevue dans le Journal de Québec, cinq coups de coeurs sur Chatelaine.com, un article sur Avenues.ca et une mention dans le journal Métro !

P.S.: Cartes postales du Canada est mon dixième livre, si l’on exclut la mise à jour d’un guide et quelques collectifs. J’ai droit à une bouteille de champagne vous croyez ?

Suivez-moi sur TwitterFacebookInstagram et Snapchat (@Technomade) !

Vous pourriez également aimer

5 Commentaires

  • Répondre Pélouas Anne 19 avril 2017 - 13 h 03 min

    Si ce n’est déjà fait, je te suggère fortement la bouteille de Champagne, puis une autre bonne de la vallée de l’Okanagan, un vin de glace de la région de Niagara ou une vodka avec eau d’iceberg “canadien”.
    Et je te verrai très bien en outre dans un remake d’affiche du Canadien Pacifique !
    Bonne promotion pour ton 10ème livre qui promet, vu cette belle chronique…

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 19 avril 2017 - 13 h 13 min

      Tellement merci, Anne! ❤ Je vais courir dans les vignes d’Osooyos à la fin mai (“Halfed corked marathon”). Compte sur moi pour célébrer! 😜

  • Répondre Cartes postales d'Asie a 10 ans ! - Taxi-Brousse 24 avril 2017 - 20 h 25 min

    […] ans plus tard, je viens de publier Cartes postales du Canada. Le titre est bien sûr un clin d’oeil à ce premier récit en sol asiatique. La forme est […]

  • Répondre N'hésitez jamais - Taxi-Brousse 6 mai 2017 - 13 h 14 min

    […] Cartes postales du Canada (Michel Lafon, […]

  • Répondre Celine 7 juin 2017 - 16 h 27 min

    Je vais vite me procurer ton livre Marie-Julie, rien que la couverture me donne envie et ta plume ne me decoit jamais !
    Entre souvenirs de mon voyage a travers le pays et mes idees de futures aventures, je suis certaine de ne pas manquer d’emotions en le lisant.
    Bonne continuation,
    Celine

  • Laisser un commentaire

    %d blogueurs aiment cette page :