Canada

Tourisme et gastronomie autochtones au Canada

8 mars 2018
De grandes tentes blanches en pleine forêt. Des enfants de mon âge à la crinière et à la peau foncée. « Des Indiens, m’avait-on dit. Ils se déplacent et vivent dans ces maisons temporaires. »
Près de quarante ans plus tard, je ne sais toujours pas si j’ai rêvé ou si ce campement nomade était bien réel. J’ai le vague souvenir d’un choc culturel – le premier – et d’avoir été fortement impressionnée par ce mode de vie si loin du mien.

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J’ai grandi dans le nord du Lac-Saint-Jean, passant une partie de mes étés au chalet de mon grand-père, au Lac-à-Jim. J’étais très intriguée par son ami, un Montagnais – ou Innu, comme on dit maintenant -, qui traversait le lac en canot pour venir le visiter.
J’ai entendu, au fil des ans, toutes sortes d’histoires à propos des « Indiens ». Ils étaient tous alcooliques, malpropres, paresseux… Différents de nous. Ce « nous » qui divisait me laissait perplexe. Comment pouvions-nous être si différents alors que nous habitions le même territoire ?
Il m’a fallu m’exiler et parcourir la planète pour prendre le recul nécessaire face à ma propre culture et constater l’étendue des préjugés. À Taitung, à Taïwan, j’ai eu l’étrange impression de reconnaître les traits de l’ami de mon grand-père. Au Yukon, j’ai cru apercevoir son visage buriné à maintes reprises. Sur l’île de Vancouver, j’ai compris… que je n’avais rien compris.

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À Squamish, entre Vancouver et Whistler, il est possible de faire des visites guidées sous le thème des plantes avec un guide autochtone une fois au sommet. (Photo : Élyse Mailhot)

Est-ce à cause du travail acharné de l’Association touristique autochtone du Canada (ATAC), créée en 2015, et de Tourisme Autochtone Québec, que je sens un intérêt grandissant envers les Premières Nations autant de la part des étrangers que des Québécois dits « de souche » (que je déteste cette expression !) ? De la Commission de vérité et réconciliation, qui nous a ouvert les yeux sur tant de chose, y compris notre ignorance ? Simplement parce que nous prenons enfin conscience que le choc culturel peut générer de fabuleuses expériences et rencontres plutôt qu’opposer, autant de l’autre côté de la Terre qu’à deux pas de chez soi ? Peut-être un peu tout ça. Ou peut-être que je suis complètement à côté de la plaque.
Je ne sais pas.
Ce que je sais, c’est que l’effervescence actuelle me permet enfin d’assouvir peu à peu ma curiosité d’enfant. Vous dire à quel point ça me réjouit d’apprendre à faire des capteurs de rêves avec une kokum (« grand-mère » en cri) en Abitibi, d’écouter des contes à Wendake, de prendre part à une excursion en canot traditionnel à Tofino, de découvrir l’importance de La Fourche à Winnipeg ou d’entendre une Atikamekw me parler des six saisons autochtones à La Tuque !

J’ai l’impression, depuis quelques années, de retrouver l’enfant curieuse qui avait envie de tout savoir des campements nomades. Je me croyais ouverte sur le monde alors que je n’avais pas encore exploré le mien, celui qui fait pourtant partie de mon « nous ».
Les initiatives impliquant les communautés autochtones se multiplient et deviennent de plus en plus accessibles. Je fantasme à l’idée d’explorer Haida Gwaii (anciennement « îles de la Reine-Charlotte ») et le Parc national des Monts-Torngat, d’aller voir des aurores boréales à Eeyou Istchee Baie-James, de revisiter Squamish avec un guide autochtone, de dormir au Kwa’lilas Hotel, premier hôtel appartenant à des autochtones à Port Hardy, sur l’île de Vancouver, d’entendre d’autres légendes des quatre coins du pays, de visiter un maximum de postes de traites, de m’intéresser de plus près à l’histoire de chacune des nations…

Escapade en canotavec T’ashii Paddle school pour découvrir Meares island, où l’on peut voir des arbres qui auraient jusqu’à 2000 ans !

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Gastronomie autochtone

Cet intérêt grandissant envers la culture autochtone se retrouve aussi dans l’assiette. En janvier dernier, à l’invitation d’Aeroplan*, j’ai eu la chance de prendre part à un repas huit services concocté par quatre des chefs autochtones canadiens les plus en vue au pays, Tobias Grignon de Vancouver, Rich Francis de Saskatoon, Shane Chartrand d’Edmonton et Christa Bruneau-Guenther de Winnipeg.
Réservée aux membres d’Aeroplan, la soirée s’est déroulée au bistro Edible Canada at the Market, à Granville Island. Des vins de NK’MIP, premier vignoble géré par les Premières Nations, s’accordaient parfaitement aux bouchées de saumon fumé, au flétan, au bison et autre tataki de phoque. Une merveilleuse manière de « goûter » la culture.

La semaine dernière, à l’invitation d’@aeroplan, j’ai eu la chance de prendre part à un fabuleux repas huit services au restaurant @ediblecanada de Vancouver concocté par quatre des meilleurs chefs autochtones canadiens, Tobias Grignon de Vancouver, Rich Francis de Saskatoon, Shane Chartrand d’Edmonton et Christa Bruneau-Guenther de Winnipeg. ______ Au menu: bouchées de saumon fumé, de crabe et de crudités, flétan, bison… Ce tataki de phoque servi avec sauge, bleuets et cèdre fumé du chef Rich Francis était 👌🏻. Des vins de @nkmipcellars accompagnaient les plats. 🍷 _______ L’événement avait lieu dans le cadre de @dineoutvanfest / World Chef Exchange. Une délicieuse soirée! #withaeroplan #dovf #VECEx

Une publication partagée par Marie-Julie G / Taxi-Brousse (@technomade) le

L’édition 2018 de Montréal en lumière a également mis en valeur la cuisine autochtone à l’occasion des soupers Bon appétit :  Miyou Mitsou («bon appétit» en cri), dont le magazine Caribou a notamment parlé. À l’émission Médium Large, Lesley Chesterman a même affirmé suite à l’événement que la cuisine des Premières Nations est « la cuisine du terroir pure ».
Seul bémol, il est toujours impossible de servir aux clients des restaurants québécois certaines viandes et poissons à cause des règles imposées par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Ainsi, à La Tuque, on m’a présenté un repas de truite provenant de l’autre bout du pays alors que le lac qui se trouve à deux pas en recèle… Il faudra un jour que ça change.
De la même manière, il faudra arrêter de lever sur nez sur ce qu’on perçoit trop souvent comme des clichés destinés aux touristes étrangers alors qu’ils font partie intégrante de la culture et de la spiritualité. Le tourisme autochtone ne se résume évidemment pas aux pow-wow, mais ces moments de rassemblement continuent d’occuper une place importante dans les communautés.
Et puis, ai-je besoin de le préciser ? Ce ne sont pas les plumes qui font « l’Indien ».

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Enfant, je croyais le racisme forcément lié aux gens venus d’ailleurs. Les années m’ont permis de comprendre qu’il se tapie plutôt dans l’oeil de celui qui regarde, peu importe où l’on se trouve. Qu’il se transmet de génération en génération, jusqu’à ce que des voix s’élèvent et remettent en question ces préjugés confondus avec des faits. Comment expliquer, autrement, ces siècles de médisance à propos des peuples qui habitaient notre coin de pays avant même que nos ancêtres européens en foulent le sol ?
Je me suis souvent demandé ce qu’étaient devenus les enfants aperçus dans les bois ce jour-là. J’aurais tant eu envie d’aller jouer avec eux ! Il n’est peut-être pas trop tard…

Quelques coups de coeur des dernières années :

* À noter qu’Aéroplan invite ses membres à prendre part à différents événements gastronomiques partout au pays, dont certains sont exclusifs. À surveiller !
Merci à Aéroplan pour l’invitation à Vancouver en janvier dernier.

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