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Récidiviste

15 avril 2014
Full moon party

Mon premier voyage en Thaïlande, en 2001

J’ai commencé à bourlinguer sur le tard. J’en ai souvent parlé: je ne viens pas d’une famille de voyageurs et très peu de gens de mon entourage étaient sortis du Québec au moment je cherchais désespérément des modèles, ado. Mes rêves étaient beaucoup trop grands pour être contenus dans un seul territoire. Voyager m’a pourtant longtemps semblé hors de portée. «Trop dangereux.» «Trop cher.» Heureusement, ces voix qui s’élevaient autour de moi ne m’ont découragée qu’un temps.

Après quelques escapades au Québec et en Ontario, j’ai enfin franchi la frontière canadienne. J’avais 20 ans. Avec mon amoureux de l’époque, j’ai sillonné la Côte Est américaine jusqu’à Virginia Beach.

Workaholique dans la jeune vingtaine, j’ai attendu mes 23 ans pour prendre enfin l’avion. Depuis, je n’ai pas arrêté. Avec le recul, je peux dire que j’ai transféré mon obsession pour le travail vers les voyages. Non, je ne suis pas une personne de demi-mesures.

Alors que certains collectionnent les visas, je m’acharne à retourner aux mêmes endroits. Une toute petite trentaine de pays au compteur: assez peu pour une chroniqueuse en voyage/tourisme. Je pourrais malgré tout sillonner le Canada d’un bout à l’autre non-stop pendant des années sans me lasser. Je retournerai toujours en France, où je me sens chaque fois davantage chez moi (je pourrais y vivre, mais jamais travailler pour un employeur français: vous faites comment, avec cette foutue hiérarchie?). J’aime découvrir de nouveaux endroits, mais je ne peux pas m’empêcher de retourner sur mes pas.

Je n’en sais jamais assez. Je ne ressens jamais assez.

Je me suis amusée à dresser une liste des lieux (hors-Québec et Ontario et en excluant Taïwan, où j’ai vécu un an et demi, et Ouagadougou, où j’ai passé trois mois) que j’ai visités le plus souvent au cours des quinze dernières années. Ça ressemble à ça:

• la France: une dizaine de fois (plus?)

• Vancouver: une bonne dizaine (quinzaine?) de fois

• la Floride (surtout Disney World, j’avoue!): au moins 7 fois

• la Thaïlande: 4 fois (dont un séjour de cinq semaines)

• l’Italie: 4 fois

• New York: 4 fois

• le Yukon: 3 fois

• l’Espagne: 3 fois

• République dominicaine: 3 fois

• Grèce: 2 fois

• Sénégal: 2 fois

• Hong Kong: 2 fois

• St. Maarten: 2 fois

• Cuba: 2 fois

• Mexique: 2 fois

• Belgique: 2 fois quelques jours

• Terre-Neuve: 2 fois

(Je ne compte pas le Japon, où je me suis arrêtée trois jours + une journée!)

Je m’apprête à partir pour la Suisse (pour la deuxième fois) et pour la France à deux reprises en mai. En parallèle, je prépare des voyages au Québec pour la saison estivale. Je ne connais pas suffisamment mon coin de pays. Plus je me gave d’exotisme, plus je ressens le besoin d’explorer «l’exotisme» de ma province natale. L’intérêt des copains globe-trotteurs des quatre coins de la planète envers le Québec a aussi contribué à mon regain d’enthousiasme envers ce qui se trouve tout près. Comment répondre à leurs questions si je connais mieux Bangkok que Québec? Oui, il est temps de remédier à mes lacunes.

Toute ma vie, je traînerai probablement cette impression d’être constamment en mode «rattrapage». Parce que je n’ai pas voyagé plus tôt. Que je n’ai pas eu accès à cette culture qui m’attirait tant, enfant. Qu’il y a tant de livres que je n’ai pas encore lus, tant de films que je n’ai pas encore regardés. Que j’ai l’impression de n’avoir rien vu, goûté, senti, appris. Ma soif de découvertes est inextinguible. Pas reposant, certes, mais fichtrement stimulant.

Après quoi je cours? Je me suis souvent posé la question. Sûrement un peu après le mirage d’une autre version de moi-même qui aurait pu exister avec beaucoup de «si». Mais je sais que même «si», d’autres points d’interrogations seraient venus faire dévier ma route et c’est tant mieux. Les chemins secondaires m’attirent beaucoup plus que les autoroutes.

Alors j’avance, quitte à brûler quelques feux rouges de temps en temps. La destination n’est pas l’objectif ultime. C’est le voyage lui-même qui remplit le grand trou. Le voyage qui donne l’élan. L’envie d’aller au-delà de soi. Il est magnifique, mon nombril, mais ce qu’il y a autour est pas mal non plus. 😉

Je ne crois pas aux évidences. Je suis et resterai toujours une collectionneuse de questions.

Alors, on part où?

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Railay beach, Thaïlande, 2001

À écouter: une entrevue radio avec Gilles Parent dans laquelle je parle un peu de tout ça (je parle vite-vite-vite, alors vous en saurez beaucoup-beaucoup-beaucoup).

À lire également: Voyager seule: la meilleure décision de ma vie,  Taxi-brousse: «Partager des bouts d’ailleurs»Best of blog – Taxi-brousseTaxi-brousse a six ans!5 questions @… Marie-Julie GagnonRetour aux sources,  La pulsion du voyageChez soi partout, mais nulle partLes voyages qui changent la vieLa bêteGet a life… or a sofa,  Deux petites heures de solitude

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18 Commentaires

  • Répondre letieou 15 avril 2014 - 14 h 15 min

    C’est marant, ça doit être une tendance de se recentrer sur son pré carré. Moi aussi, après mon tour du monde, je n’avais qu’une envie : redécouvrir la France avec le regard et l’enthousiasme que j’avais à l’étranger. Pas facile, mais super stimulant 🙂 L’exotisme est partout, il suffit “juste” de changer de paire de lunettes.

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 15 avril 2014 - 20 h 23 min

      Bien d’accord, mais j’ai quand même besoin de ma dose de chocs culturels de temps en temps! 😉

  • Répondre marion 15 avril 2014 - 14 h 30 min

    Merci pour ce tres joli texte, fichtrement stimulant ! 🙂

  • Répondre Geneviève 15 avril 2014 - 18 h 06 min

    J’adore ce texte ! «collectionneuse de questions», j’aime ça !
    C’est aussi pour cette raison (en parallèle avec le voyage) que je poursuis (sans cesse, certains diront) mes études en anthropologie. Plus que des connaissances, cette discipline me permet d’avoir des outils pour mieux regarder ce qui m’entoure et certainement accompagner mes questions lorsqu’elles se bousculent dans ma tête !

    Dans ton texte, j’aime aussi beaucoup le fait que tu parles de retourner aux mêmes endroits. Je discutais avec certaines personnes et aussi après m’être penchée sur la questions dans un cours, le fait de «collectionner» des endroits sur une carte me rend perplexe. Comme s’il y avait une espèce de course ou d’aura attribuée au nombre de destinations parcourues, à leur exotisme et aussi par rapport à la quête d’authenticité rattachée à certains parcours plutôt qu’à d’autres. Je comprends certes le but de vouloir en connaître davantage et d’en découvrir toujours plus.

    J’aime aussi découvrir de nouveaux endroits, mais j’affectionne encore plus le fait de retourner dans certains coins de pays (et j’inclus ici le Canada et le Québec), afin de découvrir différemment ce que j’ai déjà eu le temps d’apprivoiser.
    On ne peut pas créer un lien particulier avec toutes les destinations visitées, mais certaines qui nous touchent particulièrement méritent qu’on s’y attardent et qu’on découvre en profondeur ce que cet endroit a à offrir. À chaque nouvelle visite, on s’attache différemment à l’endroit, il devient un peu plus le nôtre. Ce que j’aime particulièrement d’un endroit, c’est de pouvoir y vivre un peu le quotidien, ce qu’on fait sans même réfléchir. Par exemple les épiceries, les marchés de semaine, les coins de rue, les trains, les métro, etc.

    Je ressens aussi cette urgence ou ce sentiment de rattrapage par rapport à la vie, aux voyages tant physiques que culturels, je crois que j’ai déjà commenté à propos d’un ou plusieurs de tes textes. J’apprécie particulièrement cet aspect réflexif que tu offres parmi tes conseils et expériences de voyages, par exemple lorsque tu dis que tu ne ressens jamais assez. Je me rappelle d’un texte que tu as écrit où tu parlais (je crois) des odeurs qui te restaient en tête ou encore des bruits (la nuit en Afrique?)…Certains matins de printemps (la brume) me ramènent aussi directement dans des moments particuliers de tel ou tel voyage. Certaines odeurs (après la pluie) me catapultent dans d’autres moments précis. Il m’arrive aussi de pouvoir ressentir telle odeur ou telle sensation si je me concentre bien…
    Bref, tes textes m’interpellent beaucoup, merci !

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 15 avril 2014 - 20 h 19 min

      Merci beaucoup! Oui, je suis une auditive. Il m’arrive de «filmer» la nuit en voyage pour me rappeler ses bruits… 🙂 Ah! J’aimerais tant avec la concentration (et la motivation – l’hiver, je refuse de sortir quand c’est trop dégueu dehors!) nécessaire pour retourner étudier en anthropologie… Mais j’ai trop la bougeotte! 😀

  • Répondre Beatrice 15 avril 2014 - 18 h 15 min

    J’adore cet article!

  • Répondre Catherine Benoit 15 avril 2014 - 21 h 29 min

    Quel super billet! J’ai adoré te lire. Comme toi, je suis accro à revisiter, revoir les endroits adorés lors des voyages précédents. Retourner aux endroits aimés, réapprendre à les explorer, les voir/revoir sous d’autres angles. Eh oui, le monde est grand, mais quel bonheur immense de ressentir des émotions que seulement le fait d’y être peut nous faire revivre. L’impression de revenir chez soi, l’espace d’un instant!

    Aussi, je trouve tellement super le fait que tu désires -que tu revendiques ton désir!- d’explorer le Québec et le Canada. Je trouve que tu le fais merveilleusement bien, tout comme tu le fais avec Montréal, et même notre charmant Vieux-Longueuil! Au grand plaisir de te rencontrer sur la piste cyclable cet été pour discuter rêvasseries, hashtags et Taiwan 🙂

  • Répondre Curieuse Voyageuse 16 avril 2014 - 3 h 24 min

    Coucou Marie-Julie,

    de bien beaux mots que tu nous livres ici…
    J’adore quand tu écris “Après quoi je cours? Je me suis souvent posé la question. Sûrement un peu après le mirage d’une autre version de moi-même qui aurait pu exister avec beaucoup de «si».” Je m’y reconnais un peu je pense.
    Et je vois surtout que tu repasses à Paris : on se connecte nos agendas?
    Des bises ma belle !

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 16 avril 2014 - 6 h 37 min

      Merci! Te fais signe quand ce sera confirmé, j’y passerai en coup de vent en allant dans le Beaujolais. 🙂

  • Répondre voyageuse31 16 avril 2014 - 7 h 25 min

    Je me reconnais dans ton article ! J’explore, j’y retourne, je me recentre sur mon pays puis je ressens l’appel du lointain… et je recommence. J’ai en plus donné le virus à mes enfants. Mon fils aîné explore le Québec cette année (en habitant à Longueuil !).

  • Répondre Laurent 19 avril 2014 - 9 h 33 min

    Un article qui fait plaisir à lire en effet et dans lequel je me reconnais pas mal. Moi aussi, j’ai démarré sur le tard, mais plutôt par hasard en fait. Je n’ai pas vraiment souvenir que voyager me faisait rêver étant gamin. Je n’ai pas grandi dans un environnement de voyageurs, mais voila, un des hasards de la vie a fait que …
    Mais ce qui fait plaisir à lire, c’est cette non course au nombre de pays visités. J’avoue que quand je rencontre quelqu’un en voyage et que la 3e question, c’est “t’as visité combien de pays”, je suis un peu agacé et dans mon for intérieur, je ne peux m’empêcher de penser “bah ça commence mal :-(“. Certains prétendent en voyageant vouloir quitter le conformisme d’une société de plus en plus dédiée à la quête de la performance pour, au bout du compte, tomber dans la course aux pays !
    Par contre, je n’ai pas vraiment franchi le pas de la curiosité pour le voyage en France. J’ai besoin de ces baffes de choc culturel, j’y suis devenu addict !

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 19 avril 2014 - 14 h 35 min

      «Certains prétendent en voyageant vouloir quitter le conformisme d’une société de plus en plus dédiée à la quête de la performance pour, au bout du compte, tomber dans la course aux pays !» TELLEMENT VRAI!
      Avoir un enfant change beaucoup de choses. Je serai toujours accro aux chocs culturels. C’est ma drogue à moi aussi. Mais à force de voyager plus près avec ma fille, j’ai constaté que je peux en avoir de petites doses qui font tout autant de bien tout près! Plus on s’intéresse à un coin de pays, plus on découvre ses richesses. Je m’apprête à partir sur la Côte Est américaine avec elle et des copines. JAMAIS je n’aurais cru un jour que l’éventualité d’un tel voyage m’exciterait autant. C’est la même chose avec les escapades au Québec que je prépare… À suivre! 😉
      Un autre truc qui aide: le fait d’avoir beaucoup de copains et lecteurs étrangers. Voir mon coin de pays à travers leurs yeux m’aide à ajuster mes propres lunettes. À me mettre à regarder ce que je ne vois plus. Ça, c’est très précieux!
      P.S.: Merci!!!

  • Répondre thegreengeekette 19 avril 2014 - 18 h 44 min

    Comme je comprends cette impression d’être constamment en mode «rattrapage»… Moi même j’ai l’impression qu’à 25 ans, je commence seulement à voyager et que je n’aurai pas assez d’une vie pour tout voir! En tout cas, ça m’a vraiment fait plaisir de te rencontrer, j’espère que nos chemins se recroiseront. 🙂

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