Boulot Canada

Une Frenchy chez les Anglos

4 septembre 2010

Mai 2010

Elle: Aimerais-tu participer à un panel dans le cadre de GoMedia cette année? C’est un événement qui permet aux relationnistes qui oeuvrent dans le domaine du tourisme au Canada et aux journalistes de partout dans le monde de se rencontrer. On voudrait augmenter la présence francophone…

Moi: Heu… oui, pourquoi pas? Pour parler de quoi, au juste?

Elle: On veut expliquer aux gens de l’industrie comment faire un bon pitch à un journaliste.

Moi:

Elle: On a déjà Robert Reid, de Lonely Planet États-Unis, Kim Mance, rédactrice en chef de de Gogalavanting.com et cofondatrice des rencontres annuelles des bloggeurs touristiques T-Bex, Lucy Hyslop, pigiste internationale qui écrit entre autres pour Daily Telegraph et Crai S. Bower, rédacteur pour MSN.com.

Moi:

Elle: Tu peux te débrouiller en anglais?

Moi: Glup.

Elle: (Rires) Je pourrai t’aider si tu as besoin!

C’est comme ça que je me suis retrouvée en pleine crise de panique à 13h un lundi d’août (le 23, pour être exacte). Parler devant une foule? Aucun problème. Mais le faire EN ANGLAIS? ME? Witttt my biggg akcentttttt?

Oh. My. God.

J’ai failli m’évanouir au moment de pousser la porte de la salle.

Ironie, presque chaque fois que j’ai voyagé à travers le pays pour le boulot, c’est moi qui ai frappé aux portes et ai dû faire mon pitch. Pas l’inverse! J’arrive avec l’idée et je vois les possibilités. Mes atouts: des clients réguliers et, justement, le fait que je publie souvent 3-4 textes suite à un voyage (ou plus – 14 articles pour Canoë + 3 reportages dans des magazines pendant mon mois autour du Canada en famille en 2008, par exemple).

Au cours de la discussion avec les autres panelistes, j’ai vite réalisé que la situation était bien différente pour mes collègues. Kim, par exemple, reçoit des dizaines d’invitations à prendre part à des voyages de presse chaque mois. Robert, lui, a la chance d’avoir un employeur qui finance ses déplacements (en plus de son salaire, of course!;-). Vraiment, on peut difficilement comparer nos situations respectives.

Ce dont j’ai parlé, considérant ma réalité? J’ai bien sûr plaidé la cause des pigistes. Le marché québécois est mi-nus-cu-le. Pour arriver à payer mon hypothèque, je travaille pour le Web, la télé, la radio et la presse écrite. La plupart des médias envoient leurs propres journalistes. Les publications qui achètent des reportages touristiques à la pige se font rares (et je ne parle même pas des salaires souvent ridicules, et encore moins des contrats nous demandant de céder nos droits à l’univers entier sans cachet supplémentaire). Faire un voyage de presse avec un groupe de journalistes d’ici, c’est super-cool. Mais ça veut aussi dire qu’on doit trouver une manière de se distinguer si l’on veut arriver à vendre ses papiers.

Comment y parvenir si l’horaire est réglé au quart de tour et qu’on a aucun moment libre pour explorer? Pas évident. Ces moments où l’on peut suivre ses propres filons ou prendre part à une activité en solo sont souvent ceux qui font la différence, au bout du compte.

Mon speech, en gros:

N’oubliez pas que, comme pigiste, nous ne sommes pas payés pendant que nous voyageons. Nous devons vendre nos histoires pour arriver à gagner notre vie. Quand je voyage, je cherche toujours des sujets pour de courts billets, que je publierai en direct sur mon blogue MSN, au moins un bon sujet pour ma chronique hebdo sur le choc des cultures sur Canoë et du contenu pour un éventuel reportage plus étoffé pour un journal ou un magazine. Je suis maintenant rédactrice d’un magazine de spas, alors je cherche aussi à découvrir les plus intéressants. J’ai aussi toujours en tête qu’on me demandera peut-être de faire une chronique radio ou télé et que le matériel accumulé pourra me resservir. Si je peux, en plus, dénicher un sujet touchant la technologie qui pourra m’être utile pour l’émission La Revanche des NerdZ ou pour le Blogue des NerdZ, c’est le bonheur!

Il m’arrive régulièrement de piger dans mes souvenirs et de repackager des idées pour des clients différents, avec des cibles différentes. Donc, mes antennes tentent de tout capter, tout le temps. Je tourne aussi de petites vidéos, qui me servent parfois pour mes blogues pro et perso.

Un point sur lequel nous nous sommes tous mis d’accord: sentir qu’un relationniste connaît et comprend notre travail est un atout indéniable. La «customisation» fait toute la différence.

L’exercice s’est avéré amusant, au final. Je ne saurai jamais si tous les gentils relationnistes que j’ai vus par la suite – j’en ai rencontré une trentaine au cours des deux journées suivantes (du «speed dating pro», genre), sans oublier ceux croisés dans les couloirs et ceux qui ont pris la peine de m’envoyer un mot sur Twitter – ont réellement compris ce que j’essayais malhabilement d’expliquer, mais j’ai, de mon côté, appris pas mal de trucs.

Entre autres que rien ne vaut une rencontre face à face pour établir un lien de confiance. Que discuter dans un contexte informel – je pense particulièrement aux soirées organisées dans le cadre de l’événement – est plus efficace que n’importe quel pitch (ça, je le savais déjà, remarquez).

Que peu importe qui fait le pitch, c’est surtout le «match» des bonnes idées qui compte.

Avec Kim Mance et Robert Reid lors de la soirée de clôture de GoMedia. Pendant que Robert remplaçait le classique «cheese» par «paaanel», j’arborais mon «smile» du chat du Cheshire… lol

P.S.: «Elle», c’était Élyse Mailhot, super-extra-cool relationniste de la Commission canadienne du tourisme, avec qui j’avais déjà travaillé en 2008 dans le cadre du Canada en 31 jours. Un gros merci pour l’invitation… et pour le défi! 😉

P.P.S.: La belle surprise des quatre journées très intenses de GoMedia a probablement été pour moi la rencontre de journalistes et de relationnistes québécois que je ne connaissais pas. Coucou à Catherine, Anne, Sylvie, Frédéric, Isabelle, Élizabeth, Nancy, Guy et tous les autres avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir! À bientôt j’espère!

P.P.P.S.: C’est suite à cet événement que je suis partie faire la traversée du pays en train avec six autres journalistes des quatre coins du monde. À bord du Canadien, j’ai fait la connaissance de mes collègues du Japon, du Royaume-Uni, du Brésil, d’Australie et du Canada. À suivre…

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7 Commentaires

  • Répondre Nadia 5 septembre 2010 - 10 h 28 min

    Pour avoir été relationniste bon nombre d’années dont pour des organismes culturels et de transport, je peux te dire que cet angle franco-pigiste a dû être fort utile aux relationnistes touristiques présents. À Ottawa, tout le monde se cassait la tête pour comprendre comment intéresser certaines grandes publications québécoises et certains organismes avaient bien compris qu’il fallait connaître le pigiste et lui proposer une combinaison de deux ou trois sujets possibles dans la ville pour que son voyage soit rentabilisé… Et que chaque organisation propose un angle pour le type de publications visées. Ce qui veut dire de les consulter et de connaître ce qui les distingue… Le métier de journaliste a changé et celui de relationniste aussi!

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 5 septembre 2010 - 12 h 02 min

    @Nadia: Un relationniste m’a récemment pitché un sujet pour une chronique que je ne rédige plus depuis deux ans… Bien connaître les pigistes est certainement un atout puisque nous faisons le pitch à nos clients à leur place! Mais peu importe qu’un relationniste fasse son pitch à la rédaction d’un magazine ou à un pigiste, l’important est qu’il sache à qui il parle. Qu’il connaisse bien la cible. Quand j’étais réd. chef reportages chez Clin d’oeil, il m’est arrivée de recevoir des sacs remplis de repas à réchauffer alors que le mag parle constamment de glamour, de jet-set et de bonne bouffe au resto!

  • Répondre Frédéric Gonzalo 6 septembre 2010 - 15 h 57 min

    Salut Marie-Julie,
    Ce fut effectivement un grand plaisir de faire ta connaissance à Toronto lors de GoMedia. Comme tu le dis si bien, les meilleures rencontres ne sont pas forcément celles qui ont lieu lors des meetings officiels de type “speed dating” mais plutôt lors des fonctions, autour d’un verre de vin ou en dégustant un lollipop au chocolat et fromage… 😉
    Au plaisir de se croiser, qui sait, dans Charlevoix!
    Frédéric

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 6 septembre 2010 - 21 h 40 min

    @Frédéric: J’ai déjà bu la bouteille d’Inniskillin… Et un moustique a OSÉ se jeter dans mon verre, tu imagines? Au plaisir de te recroiser itou! 🙂

  • Répondre Elyse Mailhot 20 septembre 2010 - 20 h 22 min

    Désolé pour cette réponse plus que tardive. Ce fût un grand plaisir d’enfin te rencontrer Marie-Julie. Ton énergie, ta chaleur et autheticité a été très apprécié lors de GoMedia. Je suis très heureuse de lire sur les résultas de tes rencontres. J’espère bien avoir la chance de te revoir l’année prochaine à Edmonton ( du 18 au 22 Sept cette fois). Saluations à tous les amis et collègues Québecois et à toi cher Frédéric. Oui, en effet le vin de glace et la sucette au chocolat et fromage fût des plus délicieux Merci à nos copains de l’Ontario. Quel beau et vaste pays nous avons… et quelle chance avons nous de l’expérimenter ainsi!

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 25 septembre 2010 - 1 h 06 min

    @Elyse Mailhot Allô Elyse! Merci pour ton petit mot et pour la charmante invitation! 🙂

  • Répondre Les voyages qui changent la vie - Taxi-Brousse 29 novembre 2015 - 15 h 48 min

    […] GoMedia, à Toronto, en 2010. La Commission Canadienne du Tourisme m’avait alors invitée à prendre part à un panel (in english, of course) avec des top-journalistes/blogueurs d’un peu partout. On […]

  • Répondre à Les voyages qui changent la vie - Taxi-Brousse Annuler la réponse.

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