Dans les médias Écriture

Le questionnaire Moteur de recherche

16 décembre 2021

Cette année, Moteur de recherche, diffusée sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première, demande à ses collaborateurs de répondre à sa propre version du questionnaire de Proust dans l’émission du vendredi. Beaucoup plus complexe que je l’aurais cru, l’exercice m’a amenée à faire une sorte de « photo intérieure » de celle que je suis aujourd’hui. Comme nous n’avons pas tout dit pendant l’émission, je partage avec vous la quasi-totalité de mes réponses ici. Si le coeur vous en dit, je vous invite à répondre à votre tour aux questions qui vous interpellent dans les commentaires. Pour entendre l’entrevue avec Matthieu Dugal, c’est par là.

Qu’est-ce qui vous a inspiré votre choix de carrière ?
Je ne savais pas que le métier de chroniqueur voyage existait. Je veux dire : qu’on pouvait réellement gagner sa vie en écrivant et en parlant de voyage. Je l’ai découvert sur le tard, quand j’étais rédactrice en chef reportages au magazine Clin d’œil dans les années 2000, peu avant la naissance de ma fille. Puis, j’ai créé un blogue dédié au voyage en 2008 [celui que vous lisez en ce moment, que j’alimente très peu depuis quelques années] et peu à peu, je suis revenue vers le journalisme. Moi qui ai beaucoup frappé aux portes au début de la vingtaine, je me suis surtout laissée porter par les opportunités depuis que j’ai fait le virage « voyage ». C’est le fil conducteur de ma vie professionnelle depuis une quinzaine d’années maintenant.

Par contre, j’ai toujours su que je j’allais écrire, peu importe la forme.

Avec quel personnage célèbre aimeriez-vous partager un repas ?
Il y en a tant ! La première qui me vient à l’esprit est Sarah Bernhardt, actrice française née en 1844 qui était reconnue pour ses extravagances (son passage au Québec a beaucoup fait jaser…). J’ai acheté sa biographie à Belle-Île-en-Mer, où l’on peut visiter les restes de sa résidence secondaire, et j’ai été complètement fascinée par sa vie. Elle a voyagé partout dans le monde dans le cadre de ses tournées, en train et en bateau, avec d’immenses malles. Elle m’intrigue, mais je pense que j’aurais rapidement été épuisée par son personnage plus grand que nature et son égocentrisme. Je serais peut-être allée prendre le dessert avec quelqu’un d’autre (tant qu’à pouvoir partager un repas dans le passé, autant en tirer le maximum !). Peut-être avec Alfons Mucha, qui a créé plusieurs de ses plus belles affiches de spectacles ? Le parcours de cet artiste, dont j’ai suivi les traces de Prague à Paris, me fascine aussi (il a déjà eu Paul Gauguin comme coloc – j’adooore le potinage historique).

Dans un tout autre style, j’adorerais discuter avec Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde au 18e siècle. J’avais oublié l’histoire de cette femme, que j’ai redécouverte à l’Hôtel de la Marine, inauguré cet été à Paris. Au moment de son départ, en 1768, les femmes étaient interdites à bord des bateaux– on disait qu’elles portaient malheur en mer. La gouvernante, maîtresse et assistante du botaniste Philibert Commerson s’est alors fait passer pour son valet. Elle sera démasquée sur l’île de Tahiti et rentrera au bercail… sept ans après son départ.

Il y a aussi Alexandra David-Néel, née en 1868 en France et qui a passé 25 ans de sa vie en Asie, à qui j’aurais un million de questions à poser. C’était une grande aventurière, mais aussi une chanteuse lyrique. Je pense qu’il n’y a rien de plus extraordinaire que marier art et voyage.

Sans oublier Hemingway, un cliché pour une journaliste voyage. Je ne suis pas particulièrement happée par ses romans et je suis à peu près certaine qu’il m’aurait énervée, mais je suis fascinée par le personnage et par ses voyages, par sa relation avec l’écriture… Je pense que je voudrais surtout l’entendre me parler de sa vie à Paris. Paris est une fête m’a particulièrement marquée, m’imprégnant d’une sorte de nostalgie d’une époque que je n’ai pas vécue. Je m’inviterais à souper dans sa maison à Cuba, un lieu qui m’a profondément émue. C’est comme s’il était parti la veille !

J’adorerais aussi aller piquer une jasette avec William Van Horne, qui était directeur du Canadien Pacifique au moment où la construction du chemin de fer transcontinental s’est terminée. Lui aussi, c’est en visitant sa résidence d’été, au Nouveau-Brunswick, que j’ai appris à le connaître un peu mieux. C’est lui qui a eu l’idée de faire construire des hôtels qui ont permis au tourisme de se développer au Canada. Il dormait peu et adorait peindre. J’aurais bien des questions à lui poser…

J’adorerais par ailleurs faire la fête avec Henri de Toulouse-Lautrec ! Il faut absolument visiter le musée qui lui est dédié à Albi, en France, avec un bon guide, et voir ses toiles au Musée d’Orsay.

Sinon, j’ai toujours rêvé de manger du sanglier avec Obélix !

(Bémol : s’il y a une chose que j’ai apprises au fil des années, c’est que c’est une très mauvaise idée de rencontrer des gens qu’on admire, voire idolâtre, parce qu’on est souvent déçu. Alors je trouve ça ben correct de les laisser dans le passé. Mais je ferais bien la fête dans un tableau de Toulouse-Lautrec pareil !)

Si vous pouviez recommencer votre vie, que feriez-vous de différent ?
J’écrirais mon premier roman à 20 ans et je voyagerais plus tôt. En même temps, je ne voudrais pas recommencer parce que si c’est ce que j’avais fait, je n’aurais pas rencontré les mêmes personnes ni eu les mêmes expériences…

Si vous pouviez faire n’importe quel autre métier, vous feriez quoi ?
J’aurais sans doute dit rock star à une certaine époque, si je ne chantais pas comme un pied ! À 15-16 ans, j’aurais répondu poétesse. Aujourd’hui, je dirais romancière. Je pense que j’aurais été une bonne espionne, aussi, sauf pour le bout des secrets (je raconterais tout sur Facebook… hihihihi!). Sinon, j’aurais adoré être actrice, s’il n’y avait pas autant d’éléments autres que le jeu dans l’équation.

J’ai essayé d’arrêter le journalisme à plusieurs reprises, mais j’y reviens toujours. Je n’y peux rien : c’est le meilleur prétexte pour poser toutes les questions qui me titillent. Être payée pour assouvir ma curiosité et partager mes trouvailles, ça me convient très bien.

J’aurais sans doute aimé être anthropologue, aussi. Ou peut-être historienne… Mais il y a beaucoup trop de choses qui m’intéressent pour quitter le journalisme. Quand je suis fatiguée, je me dis que le meilleur métier du monde serait d’être payée pour regarder des séries toute la journée !

Quel est le trait de caractère qui vous a le mieux servi ?
Ma curiosité. Et ma tête de cochon.

Quelle est votre plus grande réussite ?
C’est un gros cliché, mais ma fille. Je suis aussi très fière d’avoir réalisé plusieurs de mes rêves, surtout ceux liés à l’écriture. Et pour une ado qui voyait le voyage comme quelque chose d’inaccessible, chaque voyage a été pour moi une immense réussite.

Quel personnage de fiction voudriez-vous être ?
J’ai passé mon enfance à rêver d’être d’Artagnan ET la reine dans Les trois mousquetaires. Je n’ai jamais pu choisir entre la bravoure et l’héroïsme et l’idée de régner sur le monde (rires). J’aurais aussi aimé voyager sur un timbre comme dans Les aventuriers du timbre perdu (je suis sans doute la seule journaliste qui a parlé de ce film à Rufus Wainwright en entrevue plus de vingt ans après sa sortie…) et j’aurais ADORÉ être Indiana Jones, parce que je suis la personne la plus peureuse de la terre et que j’aimerais ça, moi aussi, découvrir des momies sans paniquer.

Mais je pense que le personnage que j’aurais le plusssss voulu être, à 6 ans comme aujourd’hui, c’est la princesse Leia. Et pas seulement pour frencher Harrison Ford !

Quel serait votre superpouvoir si vous pouviez en avoir un ?

Je n’arrive pas à choisir. Disons pouvoir voyager dans le temps avec un budget illimité. J’irais d’abord me balader à Paris pendant la Belle époque, puis dans les années 1920, un peu comme le héros du film Midnight in Paris. Je ferais aussi le tour du monde en train et en bateau avant l’invention de l’avion. Si je pouvais en plus être invisible, j’irais sans doute espionner les poètes maudits pour voir quelle est la part de mythe et de réalité (pis je reviendrais bien sûr tout raconter sur Facebook dans le présent).

Quelle est la découverte la plus importante de tous les temps, et pourquoi ?

Le chocolat, ça compte-tu ?

Plus sérieusement, je dirais la pénicilline et les vaccins. L’imprimerie et l’ordinateur, c’est pas pire pentoute, aussi !

Quelle est la découverte la plus nuisible de tous les temps ? Et pourquoi ?
Incapable de répondre… Le problème, ce ne sont pas les découvertes, c’est ce qu’on en fait ensuite.

Dans votre domaine, quel mythe aimeriez-vous défaire ?
Qu’il faut sortir des sentiers battus à tout prix pour faire un « vrai » voyage. Voir l’Acropole en vrai, c’est merveilleux. Quand je regarde la tour Eiffel, je ne vois pas le symbole, mais l’héritage de l’Expo universelle de 1889, tellement controversée à l’époque. Le snobisme du voyageur, celui qui lève le nez sur les lieux répertoriés dans les guides de voyages clamant que LUI connaît les adresses confidentielles et des lieux cachés, m’agace au plus haut point. Je peux comprendre qu’on cherche à éviter les foules, mais pas qu’on boude son plaisir et encore moins qu’on se croit au-dessus de la mêlée. Nous sommes tous des touristes. Assumons !  Ce qui ne veut pas dire de le faire de manière inconsciente. On ne peut plus balayer sous le tapis les questions environnementales et éthiques. Et puis, fouler le sol d’un endroit pendant quelques jours ne fait pas de nous des experts absolus de ce coin de pays…

Que le chemin le plus court, le plus rapide et le moins cher est forcément le meilleur, aussi.

(Dans un tout autre ordre d’idées, ce serait le fun qu’on arrête de mettre Jack Kerouac sur un piédestal. C’est sa mère qui faisait sa bouffe et son lavage. C’est grâce à elle qu’il a pu se consacrer à l’écriture. Ça ne change pas l’importance de son œuvre – mais je pense que bien des femmes auraient pu voyager et écrire des romans exceptionnels si on avait tout fait à leur place. Ça vaut pour hier, mais aussi pour aujourd’hui !)

À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?
La Belle époque et les années folles! (Mais ça manquait de WiFi…)

Qu’est-ce qui vous émerveille ?
L’histoire et les histoires. L’inattendu. L’imagination. L’intelligence.

Ce que peu de gens savent de moi :
• Que je n’ai jamais terminé mes cours de conduite et n’ai pas de permis de conduire. J’ai une aversion pour les voitures, depuis toujours, et pour ce qu’elles représentent. Pour certains, elles sont un symbole de liberté : pour moi c’est, au contraire, une forme d’esclavage. Je déteste qu’on doive dépendre d’une voiture pour se déplacer, au quotidien comme en voyage. Je déteste l’objet, qu’il faut constamment entretenir, alimenter, réparer… et qui perd rapidement de la valeur. J’exécrais l’odeur de l’essence avant même de savoir ce que ça peut faire à l’environnement (c’était encore pire quand les gens fumaient à bord !). Je suis consciente de vivre dans un territoire immense, mais ça me révolte qu’il soit si compliqué de se déplacer autrement qu’en voiture en Amérique du Nord. Et je ne parle même pas de l’importance démesurée qu’on donne aux marques. L’humain ne devrait pas avoir besoin d’un logo pour se définir ou avoir confiance en lui, qu’il s’agisse d’une bagnole ou d’un sac à main.

• Que j’ai fait un stage à MusiquePlus à 19 ans et que j’y ai ensuite travaillé comme assistante aux communications.

• Que j’ai fait un stage de vidéoreporter au Burkina Faso, où j’ai vécu pendant 3 mois, à 24-25 ans.

• Que j’ai une très mauvaise mémoire des visages, mais que je peux me rappeler des détails d’une conversation, des années plus tard.

• Que je parle souvent seule (il m’arrive aussi d’engueuler guêpes et écureuils, mais c’est une autre histoire).

• Que j’ai joué dans une pub tournée en anglais et doublée en chinois quand je vivais à Taïwan !

Vos chansons, films, séries télé préférés ?
L’auberge espagnole (Cédric Klapisch, 2002), Roman Holiday (William Wyler, 1953 – ce film est parfait), Stand by me (Rob Reiner, 1986), Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Gainsbourg, vie héroïque (Joann Sfar, 2010), Léolo (Jean-Claude Lauzon, 1992), Incendies (Denis Villeneuve, 2010)… Plus récemment, j’ai adoré 1991 de Ricardo Trogi, que j’ai vu plusieurs mois après sa sortie, mais que j’ai revu au moins trois fois depuis (et que je reverrai encore – c’est mon film-thérapie du moment).

Chansons, en vrac : La vida es un carnaval de Celia Cruz, King of the bongo (versions Mano Negra et Manu Chao), Feeling good de Nina Simone, Saigon de George Ka (une de mes découvertes de pandémie)… Et tellement de chansons de Leonard Cohen qu’il m’est impossible de toutes les nommer.

Idem pour les séries : j’en aime trop !

La cause qui vous tient le plus à cœur ?

Incapable d’en choisir une seule. L’accès à l’éducation (et je ne parle pas d’études supérieures), je dirais, puisque c’est la base de tout.

La mise en valeur des transports en commun, aussi.

Quel serait le menu de votre dernier repas ?
Des patates. Beaucoup de patates. Frites, au four, bouillies, pilées… Avec pas de ketchup s.v.p. !

Une vraie tourtière du Lac (sans ketchup), ce serait encore mieux.

Une phrase ou une devise qui vous définit le mieux ?
L’important n’est pas la destination, mais le voyage.

Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
Je deviens vraiment plate en vieillissant : l’harmonie. Être bien avec moi-même et avec ceux que j’aime, ici comme ailleurs. Et en santé.

Être en phase avec mes convictions.

Regarder des films et des séries en famille.

Tomber amoureuse : d’un lieu, d’une expo, d’un film…

Explorer une ville en solo.

Courir au petit matin.

L’été.

Écrire. Partout.

Mon passe-temps préféré ?
Voyager. Physiquement, mais aussi à travers le cinéma, les séries télé, les livres… J’aime m’abandonner complètement dans une histoire.

Et faire pousser des rêves !

Le pays où je désirerais vivre ?
N’importe où où il est possible de se déplacer facilement en train. En Europe ou en Asie, sans doute. J’avoue avoir un faible pour l’Australie et la Colombie-Britannique, même s’il reste complexe (voire impossible) de s’y déplacer en train.

La question à laquelle vous auriez aimé répondre ?
Pourquoi faut-il que Zorino s’en aille ?

L’entrevue a été diffusée à ICI Radio-Canada Première le 1er octobre 2021.

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