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Galliano aime Hitler

2 mars 2011

Impossible de ne pas avoir entendu parler de «l’affaire Galliano» au cours des derniers jours (pour ceux qui débarqueraient d’une lointaine planète, le résumé est ici). Son congédiement par la maison Christian Dior Couture m’a plutôt soulagée, au moment où je l’ai appris. Personne n’est à l’abri de la connerie, me disais-je. Puis, en visionnant la vidéo pour la première fois tout à l’heure, je vois un homme profondément éméché et je me questionne.

Bien sûr, je suis complètement outrée par ses propos. Bien sûr, l’alcool n’excuse rien (il semble d’ailleurs avoir besoin d’aide, à se bourrer ainsi, seul). Bien sûr, je comprends la réaction de Nathalie Portman, égérie de Dior et… juive.

Mais comme Patrick Lagacé (avec qui je suis loin d’être toujours d’accord), je tremble. N’importe quelle connerie peut être enregistrée par n’importe qui, surtout par nos détracteurs. Qui n’a pas déjà déclamé un paquet de niaiseries un soir de beuverie (sauf moi, bien sûr;-)?

Ça me rappelle un party particulièrement arrosé pendant mes études de journalisme. Après nous être faits rabâcher par nos profs à quel point la réputation était importante, une copine avait tout fait pour que les images tournées ce soir-là soient détruites. Aujourd’hui, je me dis que les moments les plus croustillants de cette soirée plutôt divertissante (et probablement «inoubliable» pour les 2-3 personnes présentes qui n’avaient rien consommé) auraient probablement été captés par une bonne dizaines de téléphones cellulaires. Big brother? Pfff! Parlons plutôt d’une armée de big brothers!

Au moment où je rédige ces lignes, je tombe sur cet article de L’Express qui vient d’être publié il y a quelques minutes (c’est aussi la beauté de notre époque… dieu que j’aime vivre les choses en direct!). Pendant ce temps, Le Figaro nous rappelle que le créateur reste tout de même un génie…

Galliano a présenté ses excuses et a nié tout antisémitisme, soit. La faute sera-t-elle réparable? Comment oublier pareil épisode? Le génie peut-il faire avaler la connerie? Vivons-nous dans une époque où l’erreur n’est plus permise? Où érigerons-nous la frontière entre le pardonnable et l’impardonnable, alors que les preuves – mêmes sorties de leur contexte – sont si faciles à dénicher? À force de voir la connerie ainsi étalée, deviendra-t-elle banale?

Je me questionne.

Je me questionne…

Et je sais que je n’ai pas fini de le faire.

MÀJ, 12h: À écouter également, cette entrevue de Stéphane Le Duc, rédacteur en chef de Dress to kill, à Christiane Charette ce matin (pas encore sur le site au moment de rédiger ces lignes).

MÀJ 12h36: Un article du Figaro sur les excuse de Galliano.

MÀJ 3 mars: John Galliano est-il fini?

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Aucun commentaire

  • Répondre Jade 3 mars 2011 - 10 h 45 min

    En fait, on réalise que lorsqu’on est une personnalité connue, on n’a plus le droit à l’erreur. C’est l’époque dans laquelle on vit, effectivement. C’est comme l’histoire du présentateur sportif en Europe, qui a été filmé à son inssu en train de parler contre les femmes dans le sport… Sa carrière est finie…

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 8 mars 2011 - 0 h 44 min

      Même les personnalités «non publiques» ne sont pas à l’abri, à mon avis. Une caméra indiscrète peut capter bien des choses…

  • Répondre Paul 3 mars 2011 - 17 h 20 min

    Ce qui suit est une histoire fictive. Toute ressemblance bla-bla-bla :

    Imagine que Galliano, vedette, était ce soir-là harcelé par une grosse tache qui voulait absolument être son amie. À un moment où il aurait préféré avoir la paix. Surtout qu’on le dit dépressif. Alors, ils se dit, bien bourré : “Je vais lui lancer une énormité pour qu’elle décampe et me foute la paix”. Mais voilà qu’il mesure mal ses propos : il y va avec la pire connerie qu’on puisse dire en public. Ensuite il se dit à lui-même : “Merde, j’aurais plutôt dû parler des arabes. En France, personne ne s’offusque lorsqu’on s’en prend aux arabes. Ils disent même ‘l’arabe du coin’ sans réaliser qu’ils entretiennent un stéréotype. J’avoue que ‘Hitler et les Juifs’, c’est un peu trop heavy. Je dois rentrer chez moi, je suis bourré, je dis des conneries, ça va m’attirer des ennuis.”

    Pendant ce temps, t’as une boîte dont la principale contribution à l’humanité ces dernières années, c’est d’avoir mis son logo en lettres géantes sur des saccoches et des lunettes de soleil vulgaires faites par des enfants asiatiques. Cette compagnie cherche sa suite. Tiens-donc, le designer s’auto-éjecte. “Bon moment pour tenter de refaire notre image. Parce que c’est vrai que ces dernières années, on est de plus en plus adopté par les cheapo-nouveaux-riches. On a même vu nos produits sur des rappers nègres et du white trash à la Nicole Ritchie, quelle honte. Il faut se redonner une image ‘vieille France classique et élégante’, comme Chanel, parce que les Chinois débarquent avec des valises d’argent, et ils ne veulent surtout pas s’associer aux mêmes marques que les chanteurs de Hip-Hop de Détroit et leur dents en or.”

    Si tu veux mon avis, dans l’ensemble, j’ai plus de respect pour l’industrie du tabac que pour celle de la mode. Même niveau de nocivité. Mais les cigarettes sont généralement faites par des adultes, dans le pays où elles sont consommées, et vendues avec une marge de profit normale (80% du prix est constitué de taxes). On ne peut pas en dire autant de la mode.

    Et bien qu’on n’ait pas encore établi de lien entre cancer et haute-couture, dis-toi que certains font beaucoup de fric à entretenir le mal-être, l’impression de ringardise et d’incompétence, l’obsession de l’image corporelle, la maigreur ultime. Et à voir ce que l’industrie des médias-mode sert aux femmes, des articles édulcorés, réducteurs, infantilisants, et surtout vidés de tout ce qui demanderait un effort intellectuel, je me demande si nous n’avons pas là un des plus grand poison ayant frappé la condition féminine. Regarde ce qu’on offre à la clientèle féminine, ce à quoi on tente de la confiner.

    J’ai vraiment une dent contre cette industrie. Galliano est juste un de ses multiples boutons vérolés qui a percé à travers le fard. Et va voir ce que Lagerfeld à déjà dit des “grosses”. Quand on sait que “grosse” pour eux, c’est une taille au dessus de Kate Moss, ça commence à faire beaucoup de femmes.

    Excuse-moi cet emportement. Mais dans toute cette histoire, la crucifixion de Galliano permet de blanchir beaucoup d’hypocrisie.

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 5 mars 2011 - 15 h 55 min

      Oui, je me souviens très bien de ce que Lagerfeld a dit «des grosses»… il n’est pas le seul de ce merveilleux monde, d’ailleurs. Quant à l’industrie de la mode, elle est pleine de défauts, c’est vrai. Mais il faut faire la part des choses. C’est peut-être parce que j’ai travaillé pour un magazine de mode, mais moi, tous les trucs que tu énonces (maigreur, people, vacuité, etc) me coulent comme sur le dos d’un canard (à part l’exploitation des enfants). S’il n’y avait pas de lectrices pour ce genre de publications, il n’y aurait plus de magazines.

      Il faut d’abord des parents conscients pour inculquer l’estime de soi aux fillettes. Malgré tout, plusieurs auront des phases d’insécurité. Les médias n’aident sûrement pas, mais je pense qu’il en était déjà ainsi à l’Âge de pierre. La nature humaine fait qu’on se compare… et qu’on ne se console pas toujours. D’accord, on se compare différemment qu’il y a des milliers d’années, mais je suis pas mal certaine que les premières femmes de l’histoire avaient déjà des complexes, selon les critères de leur époque.

      Dans l’histoire de Galliano, ce sont ses propos qui me dérangent. Mais j’aurais été encore plus indignée s’il ne s’était pas fait congédier.

      Quant à ta théorie sur Dior, je crois que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Galliano était un grand atout à la maison.

      Le sujet de mon billet n’était pas l’industrie de la mode, mais bien l’incroyable rapidité dans laquelle peut sombrer un individu de nos jours suite à un «faux pas» (et je ne parle pas de fashion!;-) capté par un quidam. Cela dit, je suis entourée de gens qui seraient d’accord avec toi sur pas mal de points!

  • Répondre Marie-Julie Parent 3 mars 2011 - 21 h 57 min

    effectivement, à être épié dans nos moindres gestes, as-t-on le droit à l’erreur, est-ce qu’on peut vivre de façon authentique avec un peu de folie !! (ici je ne met pas en lien ni en opposition l’histoire de Galliano) je me questionne simplement sur le principe de la chose…et aussi mais surtout, je suis inquiète en pensant à mes ados,.Jusqu’où ça peut aller tout ça?

    • Répondre Marie-Julie Gagnon 5 mars 2011 - 15 h 59 min

      On l’a vu avec les multiples reportages des dernières semaines sur le «sexting»… Moi aussi, j’ai peur pour ma fille. Pour ça que je travaille fort sur les bases (même si on ne sait jamais ce qui peut arriver… and that’s freak me out!!!).

  • Répondre NowMadNow 4 mars 2011 - 5 h 17 min

    Interroger une personne saoule en posant des questions débiles: résultat immuable.

    Je suis attristée pour Galliano pour qui j’ai du respect. Son travail est incroyable, foisonnant, stimulant.

    Il n’avait en effet pas le droit de parler en état d’ébriété.

    NowMadNow

  • Répondre Pascale 4 mars 2011 - 10 h 44 min

    @Paul
    Solide votre commentaire! Et particulièrement votre 4e paragraphe (Et bien qu’on n’ait pas encore…). Vous avez mis des mots sur le malaise (et plus souvent l’indifférence) que je ressens depuis toujours envers cette industrie.

  • Répondre Anso 4 mars 2011 - 18 h 37 min

    Justement je me posais la même question : pour moi, une erreur pareille n’est effectivement pas pardonnable, surtout si on est une figure publique. Alors après un tel scandale, quel avenir pour Galliano? Je pense que personne ne prendra le risque d’être associé à ce genre d’images à court terme (à juste titre). Peut-être lancera-t-il sa ligne d’ici quelques années…. En attendant, je vois bien la sortie d’un livre à scandale sur sa vie d’ici quelques mois!

  • Répondre Sylvain 8 mars 2011 - 15 h 06 min

    Réflexion intéréssante.

    Ca démontre à quel point les moyens technologiques qui permettent d’épier les gens et surtout la possibilité que son et images se retrouvent à jamais sur le web peuvent être une arme à double tranchant. Si ca permet de dénoncer de réels travers de notre société : comme par exemple les flics torontois qui frappaient et arrêtaient sans raison des gens lors du G20; dans d’autres, ca peut détruire des réputations qui ne méritent pas d’être détruites.

    Ca me rappelle mes années d’étudiant à l’UQAM, début 1990. Que de conneries et grossièretés se sont dites la porte fermée dans notre local modulaire. Nous on savait que c’était des conneries pas sérieuses et qui surtout ne représentaient pas le fond notre pensée. Des conneries d’étudiants finalement.

    Mais si ca c’était retrouvé sur internet, pris hors contexte, nous aurions probablement été expulsés de l’université! Une chance qu’à l’époque le web n’en était qu’à ses premiers balbutiements.

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