Réflexions

Je suis chicken

3 juin 2010

Moi, poser ma candidature à un prix de journalisme? Ai-je tant besoin de me mesurer aux autres pour connaître ma valeur?…

Mardi dernier, je demandais à des collègues ce qui pouvait bien pousser des journalistes à envoyer leur candidature au prix du meilleur reportage touristique d’ANTOR. «Qui a le temps de faire ça?», ai-je lancé. Je me suis pris les regards étonnés des collègues. Dans ce cas-ci, j’avoue que l’idée de soumettre un texte ne m’avait même pas effleuré l’esprit parce que j’ai l’impression d’avoir encore pas mal de croûtes à manger dans le domaine de la presse touristique. Chaque chose en son temps.

Ce soir, c’était le Gala de l’AJIQ, dont je suis membre (même si je ne suis pas d’accord avec toutes ses revendications et plus souvent qu’autrement exaspérée par les éternels débats  – je me suis même désabonnée de la liste de discussions il y a quelques semaines à cause du discours obtus de certains membres). Je me souviens m’être dit que je devrais peut-être envoyer des textes. Puis, dans le tourbillon, d’avoir oublié. Mais au fond, il y a trois raisons pour lesquelles j’ai préféré oublier.

La première est effectivement que j’ai un peu de mal avec ce genre de concepts. Pour m’être frottée à un concours il y a quelques années (j’avais préparé un gros dossier de recherche pour remporter l’une des bourses de la FPJQ afin d’aller réaliser un reportage à l’étranger), je sais à quel point la décision dépend de la perception des jurés.

J’avais à l’époque proposé une idée pour un magazine féminin d’une «grande famille journalistique bien nantie». Quoi? Couronner une journaliste d’un magazine féminin d’une «grande famille journalistique bien nantie»? C’est pas sérieux! J’ironise, mais c’est grosso modo les échos que j’avais eus par la suite. Ça, et le fait que mon idée était fort intéressante… Snobisme? Révolte face à un média qui aurait eu les moyens de défrayer les coûts du voyage? Peu importe, le résultat a été le même: pour une fois, une idée qui sortait des clichés mille fois ressassés dans la presse féminine avait séduit la rédactrice en chef dudit magazine et on m’avait donné le feu vert pour sa réalisation. Mais jamais on aurait sorti un cent pour défrayer les coûts du voyage… Ne vous en faites pas: je m’en suis remise et j’ai trouvé le moyen de financer d’autres projets à l’étranger depuis.

Tout ça pour dire que le résultat varie selon les personnes qui composent le jury. Leur parcours, leur vision et leurs préjugés influencent forcément la décision finale. Remarquez que dans le cas des Grands prix du journalisme indépendant de l’AJIQ, les jurés étaient très nombreux l’année dernière (était-ce le cas cette année?), ce qui permet d’éviter le copinage ou le boycott de certains médias «moins sérieux» (mais aussi que plus de gens aient vu passer notre candidature si on ne gagne pas!;-)

Deuxième raison:  je me demande toujours ce que les gens ont à prouver (màj: je précise ici dans le cas de prix qui récompensent des textes publiés et non des concours qui peuvent permettre la réalisation d’éventuels reportages). Ce que cache ce besoin de reconnaissance. Pourquoi vouloir à tout prix montrer au monde qu’on est «le meilleur»?

Peut-être suis-je un peu désabusée. Peut-être suis-je arrivée à me convaincre, à mesure que ma carapace s’épaississait (les journalistes à la pige savent de quoi je parle: il ne faut rien prendre perso dans ce milieu et avoir une confiance en soi béton pour ne pas fléchir!), que le positif n’a pas plus d’emprise sur moi que le négatif.

Troisième raison et probablement la plus honnête: je ne supporterais pas de ne pas gagner. Je jouerais la fille qui s’en fout, mais la réalité serait toute autre. Je préfère me conforter dans mes opinions bien tranchées et me faire accroire que je suis «au-dessus de tout ça». Un peu comme au secondaire, quand on craque pour le plus beau gars de l’école mais qu’on fait semblant de rien. Pas question qu’il le sache, oh non! S’il est trop con pour ne pas réaliser qu’on est la fille la plus extra de l’école par lui-même, eh bien tant pis pour lui! lol

Je l’admets: je suis la pire des chicken. Une grosse poule mouillée… à la tête enflée! 😀

P.S.: J’en profite pour féliciter les gagnants des différents prix de journalisme (j’ai des tas d’amis qui en ont remportés au fil des ans et ils savent très bien qu’ils ont toute mon admiration) et ceux qui osent participer, mais aussi tous les autres qui sont à leur façon «les plus extra de l’école» en silence!

P.P.S.: Ne vous étonnez pas si vous me voyez poser ma candidature un jour… Je finirai peut-être par faire sécher mes plumes!

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1 commentaire

  • Répondre Cecile Gladel 4 juin 2010 - 1 h 15 min

    On survit de ne pas gagner 😉 Mais bon je dirai peut-être différent demain matin. Mais j’étais plus stressée par l’attente et savoir que par le résultat de ne pas gagner. Une fois ma catégorie passée, j’ai relaxée et appréciée ma soirée.
    Mais être l’une des trois finalistes m’a donné un petit coup de pouce, une petite tape sur l’épaule pour me dire que j’étais pas si mal. Car parfois comme tu le dis, il faut se blinder dans ce domaine du journalisme à la pige…
    Je continuerai ma réflexion demain;-)

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