Actualité Caraïbes

Quand la perle des Antilles s’effrite dans son écrin

15 janvier 2010

J’en avais glissé un mot chez Christiane Charette mercredi matin: Haïti a déjà été une destination touristique très prisée. Un Club Med y a même été en opération de 1981 à 1999. Alors que l’espoir de voir à nouveau débarquer les touristes commençait à poindre, le drame.

Pour moi, le tourisme est aussi un moyen d’aider le développement d’un pays (bien sûr, en s’assurant que l’argent va dans les bonnes poches).

Mon billet publié sur EnTransit.ca:

« J’avais envie de me rebaptiser dans l’eau salée de la mer. Oasis sur la plage. À couper le souffle. Sûrement les belles plages que j’ai vues. »

Ce vacancier comblé ne parle ni de Cuba, ni de la République dominicaine, ni des Bahamas. Il dépeint plutôt Grand Goave, en Haïti. Marc Henri, qui retournait en 2006 au pays après plusieurs années d’exil au Canada, raconte dans ce texte empreint de poésie sa redécouverte des richesses touristiques d’un des pays les plus pauvre de la planète.

La perle des Antilles a vu ses premiers touristes internationaux débarquer au début des années 1950. Une vingtaine d’années plus tard, elle faisait partie des destinations tendances. Des stars de cinéma venaient se prélasser sur ses plages idylliques.

Le Club Med y établit ses quartiers en 1981. « L’industrie du tourisme a contribué à la création de nouveaux types d’emplois dans les hôtels, les restaurants, les galeries d’art, les agences de voyage, les transports… ce qui a eu un effet multiplicateur au niveau économique », rappelle l’Association touristique d’Haïti, oganisation à but non lucratif qui représente l’industrie du tourisme en Haïti et assume le leadership au plan national.

On connaît la suite. L’instabilité politique, la violence, les inondations et les ouragans ont vidé les paysages de cartes postales de leurs vacanciers souriants, rhum Barbancourt à la main.

Myriam Fehmiu, conseillère en communications au Centre d’études et de coopération internationale (CECI), s’est rendue dans l’île qui a vu naître Dany Laferrière à deux reprises dans le cadre de missions humanitaires. En 2008, elle a pu prendre quelques jours de congé pour aller découvrir le pays sous un autre angle. « Ce n’est pas pour rien qu’on surnomme Haïti la perle des Antilles, observe-t-elle. La route qui relie Port-au-Prince à Jacmel offre des paysages à couper le souffle, entre mer et montagnes. Jacmel est un ancien village colonial, avec des maisons colorées. On y trouve plusieurs petites auberges familiales qui donnent sur la mer. Ce sont des endroits extraordinaires pour expérimenter la culture locale. »

L’espoir, enfin

En décembre 2009, le plus grand paquebot du monde, l’Oasis of the sea, a fait escale au port de la station balnéaire privée de Labadie, dans le nord du pays, exploitée par Royal Caribbean, tout comme les bateaux de croisière qui y jettent l’ancre. La nouvelle a fait le tour du monde. Le New York Times soulignait d’ailleurs le contraste saisissant entre la pauvreté du pays et les buffets « all-you-can-eat ».

Soudain, l’idée de voir le tourisme prendre un nouvel essor n’était plus utopique. Dans un article de l’AFP, le Premier ministre Jean-Max Bellerive se montrait confiant : « Pour le gouvernement (haïtien), ceci n’est qu’un début, nous devons travailler pour d’autres partenariats entre les secteurs public et privé afin de parvenir à des projets de cette envergure en Haïti ».

Faisant référence à la rivalité historique avec la République dominicaine,  Mérès Wèche écrivait pour sa part dans dans Le Nouvelliste : « Avec l’espoir de renaissance qu’ amène Labadie, notre tourisme peut encore prétendre rattraper le temps perdu et même gruger une grande part des revenus touristiques de la Caraïbe »…

Puis, le tremblement de terre.

Royal Caribbean International a annoncé aujourd’hui son retour en Haïti et affirme vouloir profiter de ses escales pour livrer de l’aide humanitaire. « Après de nombreuses discussions, nous avons convenu que Labadie était crucial pour le redressement d’Haïti, car les moyens de subsistance de centaines de personnes en dépendent », a déclaré John Weis, vice-président du groupe, à l’AFP.

Difficile de prédire si Haïti redeviendra la destination touristique de premier choix qu’elle a déjà été. Pour ma part, je souhaite de tout coeur que cette description de l’Association touristique remplace un jour les images d’horreur qui passent en boucle sur nos écrans en ce moment : « Plongez dans l’onde claire et chaude des caraïbes, découvrez le littoral et ses plages parfois vierges, chaussez les bottes du capitaine Morgan à l’Île-à-vache, imaginez-vous corsaire ou boucanier à l’Île de la Tortue… Le bord de mer d’Haïti est un grand carré de sable où tous peuvent jouer ! »…

En attendant, quelques adresses pour faire parvenir vos dons :

• Centre d’études et de coopération internationale (CECI)

• Croix Rouge (Canada)

• Médecins Sans Frontières (Canada)

• La coalition humanitaire formée d’Oxfam-Québec, Oxfam-Canada, Care et Aide à l’enfance-Save the children

• UNICEF (Canada)

• Médecins du monde (Canada)

Sur un sujet similaire : Devenez coopérant international

MÀJ : Dans un billet intitulé La solidarité par le tourisme, le journaliste Gary Lawrence répond aux gens qui souhaitent aller donner un coup de main sur le terrain. Très complet. À lire !

À lire également: l’excellent billet de Gary Lawrence dans le blogue Voyage de L’actualité sur la solidarité par le tourisme et mon billet Devenez coopérant international.

MÀJ: À lire, Les damnés de la Terre, par François Brousseau dans Le Devoir.

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2 Commentaires

  • Répondre Marie l'urbaine 15 janvier 2010 - 11 h 03 min

    À lire aussi, une lettre au Devoir qui rejoint ce que l’on pense Marie-Ju (surtout vers la fin) :
    La solidarité ponctuelle
    http://www.ledevoir.com/international/amerique-latine/281134/la-solidarite-ponctuelle
    🙂

  • Répondre à Marie l'urbaine Annuler la réponse.

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