Asie

Dans l’oeil du cyclone

15 août 2009

Vus d’ici, les typhons font très peur. On s’imagine que les images diffusées en boucle dans les journaux télévisés représentent le lot de tous les habitants des zones touchées. Comme  pour n’importe quelle nouvelle, on sélectionne bien sûr les séquences les plus saisissantes. Pas la banalité de la plupart des cyclones.

Je suis débarquée à Taïwan en juillet 2001 après le passage «d’un des typhons les plus dévastateurs de l’histoire» (j’ai compris par la suite que presque chaque nouveau typhon était affublé de ce titre!). Dans les rues de Taichung, des arbres jonchaient le sol. La ville portait les cicatrices de sa visite. Plutôt impressionnant pour quelqu’un qui s’apprêtait à passer une année sur place…

Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai vécu quelques autres épisodes «typhons». J’avais, entre temps, transporté mes pénates à Keelung, au nord de l’île, à une trentaine de minutes de Taipei. Rapidement, je me suis mise à comparer les typhons à nos tempêtes de neige: on fermait les écoles à l’annonce d’une tempête plus intense, on recommandait aux gens de ne pas sortir de chez eux et de faire des provisions… et on attendait que ça passe. L’une de mes ex-colocataires m’a même rappelé récemment qu’une des premières choses que je lui avais mentionnée à son arrivée était les ventes «post-typhons»! Si certains marchands touchés par les tempêtes tropicales souhaitaient écouler leur marchandise, d’autres s’en servaient clairement comme argument marketing…

Les surfers, eux, trépignaient d’impatience à l’annonce d’un typhon. «C’est le meilleur moment pour affronter les vagues!» m’a déjà confié l’un d’eux. À chacun sa manière de voir les choses!

Cela dit, loin de moi l’idée de banaliser la chose. Il m’est arrivé de ressentir l’intensité des éléments en furie alors que je me trouvais dans les airs, quelque part entre Hong Kong et Taipei (j’avais l’impression d’être dans une montagne russe!). Une fois arrivée à l’aéroport, impossible d’aller nulle part à cause des dégâts. Les rues étaient innondées. Les hôtels à proximité de l’aéroport, complets. Comme je le raconte dans Cartes postales d’Asie, j’ai célébré mon 27e anniversaire le ventre vide, couchée sur une chaise à massage qui me demandait constamment d’insérer des pièces, en attendant de pouvoir quitter les lieux…

Morakot n’a rien à voir avec les typhons qui m’ont fait rater quelques jours de classe à l’époque. Ma copine Violette, qui vit entre Vienne et Taipei et qui en a vu d’autres, a d’ailleurs fait parvenir le courriel suivant à tous ses amis:

dear friends/colleagues,

please help as you can — contact your local charity organisations for
donation or simply express your support through internet, we needs your
help!

or send your love to the people who suffer from losing their home/entire
village/dear family members/friends

thank you!

violette

Pour qu’on continue d’en parler dans nos quotidiens, c’est que la situation est particulièrement critique. On a tous vu les images de cet hôtel qui s’effondrait comme un château de cartes. Bien que je ne cautionne pas ce genre d’activité, les images du «chasseur de tornades extrêmes» James Reynolds représentent bien ce qu’on peut voir «quand on est dedans»:

Le bilan de Marakot a atteint 121 morts mais pourrait en réalité dépasser 500. Boston.com publie des photos qui en disent long. Des groupes Facebook ont aussi été créé afin d’apporter du soutien aux Taïwanais touchés par le typhon.

Malgré tout, je retournerais vivre à Taïwan sans trop d’hésitations…

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5 Commentaires

  • Répondre Desirade 15 août 2009 - 18 h 05 min

    ” … sur une chaise à massage qui me demandait constamment d’insérer des pièces”.

    Marie-Julie, j’imagine si bien la scène (^(o)^)~

  • Répondre Pierre-Luc 15 août 2009 - 23 h 36 min

    Mon ami en a filmé un du genre aussi!

    Tellement fort que ça fait tomber un marcheur aussi…!

    Ça me fait toujours rire le monde qui tombe 🙁 Meme si c’est grave desfois.

  • Répondre miiiiissk 16 août 2009 - 12 h 58 min

    Tu as tellement raison! J’étais à Shanghai quand il y a eu le terrible tremblement de terre dans le Sichuan en mai 2008 . Et je me rappelle que PARTOUT en ville, ça transpirait l’aide… On nous sollicitait dans les rues pour amasser des sous, les écrans géants ne diffusaient que des images des secours tentant de trouver quelques survivants… Et pourtant… on sait à quel point les autorités contrôlent ce type de catastrophes…
    Ce sont néanmoins des événements qui peuvent paraître loin et petits tant qu’ils n’entrent que par l’écran de notre téléviseur comme le font les films catastrophes si bien imagés… Mais ce sont de «vrais films-catastrophes», qui, comme tu le dis si bien, deviennent les «tempêtes de neige» de plusieurs pays situés en zones à risque. Mais des tempêtes de neige avec autant de morts… on en connaît peu au Québec.
    Bref, ce sont des réalités qu’on ne connait pas vraiment, mais je crois que ça ne peut qu’être bénéfique de les vivre… de les réaliser.
    Donc merci pour ce billet qui démontre bien que malgré les risques, il y a des avantages encore plus forts là-bas qui font que tu y retournerais sans «trop» d’hésitations! 🙂
    Et… moi aussi je t’imagine bien dans la chaise à massage…! |o|

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 16 août 2009 - 17 h 11 min

    @Desirade: J’ai dû me lever pour aller au petit coin et au retour, quelqu’un d’autre se tapait le même cirque… Je me suis rabattue sur les bancs séparées par des bras (donc pas possibilités de s’étendre)… La plus longue nuit de ma vie, avec aucun resto ouvert!

    @Pierre-Luc: Que j’en vois un se plaindre de la température du Québec après ça!!!

    @miiiiissk: Comme je le disais, ce n’est pas du tout pour banaliser que j’ai écrit ce billet. Il y a des tempêtes, des tremblements de terre et autres catastrophes qui tuent des milliers de gens. Mais il y a aussi différentes intensités et la plupart des typhons ne sont pas meurtriers (ou alors, ils touchent des gens particulièrement à risque pour toutes sortes de raisons)! Les gens apprennent à vivre avec cette menace toujours présente…

    Et puis, si je pense à Taïwan, où la criminalité est au plus bas, on pourrait se placer de leur point de vue et dire: «Je n’irais jamais à L.A,, on peut se faire voler son sac à main et même assassiner!»…

    Tout dépend du point de vue où l’on se place…

  • Répondre Mes pires galères de voyage - Taxi-Brousse 22 janvier 2017 - 8 h 21 min

    […] Hong Kong, j’ai  droit à un véritable spectacle son et lumières… dans les airs. Un violent typhon secoue l’appareil dans lequel je me trouve au point d’avoir l’impression […]

  • Répondre à Marie-Julie Gagnon Annuler la réponse.

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