Boulot

Non, il n’y a pas que de bons pigistes!

2 février 2009

imagesBeaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la publication de mon billet sur le journalisme à la pige le 18 janvier dernier. D’abord, TVA Publications – pour qui je travaille comme rédactrice en chef reportages et comme journaliste à la pige (vous avez dit «le cul entre eux chaises»?) – veut faire signer à tous les pigistes un contrat les dépouillant de leurs droits d’auteur ET de leurs droits moraux. Ensuite, plusieurs choses ont été dites par le Syndicat du Journal de Montréal, rangeant bien souvent tous les pigistes dans le même panier «to trash». Ce brouhaha a provoqué un questionnement majeur chez la pigiste fière et convaincue que je suis. Une réflexion qui m’amène à pointer dans plusieurs directions plutôt qu’une seule. 

D’abord, ce texte de Lise Millette m’a permis de remettre les événements des dernières semaines en contexte. Je me suis rappelée les inquiétudes de mes pairs, à l’époque, et l’indifférence dans lequel a rapidement sombré le débat. Puis, les propos de Raynald Leblanc, président du Syndicat des journalistes du Journal de Montréal, m’ont remémoré à quel point les permanents des salles de rédaction ne portent pas les pigistes dans leur coeur. Faut croire que je vivais dans une belle bulle rose depuis toutes ces années…

Hier soir, à Tout le monde en parle, plusieurs ont réagi fortement en entendant ce dernier dire qu’on ne faisait pas appel à nous «pas parce qu’on est bon, mais parce qu’on est cheap». (La réaction de Richard Martineau, se défendant «d’avoir bien négocié», a par la suite failli me faire mourir de rire, mais c’est une autre histoire.) Cécile Gladel a soulevé ce point ce matin sur Branchez-vous. Comme je le disais suite à son billet, je n’ai pas bondi parce qu’il y a un fond de vérité. Plusieurs rédactions pensent D’ABORD à leur budget en engageant des pigistes. Ce que je déplore, c’est que n’importe qui puisse se dire journaliste pigiste. Si notre profession était encadrée, cela nous permettrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de faire en sorte que notre réputation ne soit pas ternie par quelques clowns qui s’improvisent journalistes.

Ne nous le cachons pas: les mauvais pigistes sont légion. Oui, les candidats se bousculent au portillon et plusieurs sont prêts à accepter n’importe quoi pour voir leur nom apparaître dans un média. Des rédacteurs en chef n’hésitent d’ailleurs pas à le faire savoir aux pigistes qui réclament une augmentation de salaire ou des conditions un peu plus décentes…

En fait, là où j’ai tiqué hier soir, c’est quand M. Leblanc a dit que l’utilisation des textes provenant des autres publications de Québécor «faisait baisser la qualité» du journal. 1- Plusieurs de ces publications vivent en grande partie à cause des pigistes (je le rappelle: il y en a des bons, comme des mauvais). 2- Ce n’est pas en crachant sur les autres qu’il va s’attirer la sympathie! 3- A-t-il pensé une seconde aux pigistes à qui on veut faire signer un contrat de cession de droits d’auteur ET de droits moraux, comme ce fût le cas récemment au journal ICI? Contrairement aux journalistes du JdM, c’est leur revenu entier qu’ils misent en refusant de signer. Pas de filet: c’est le prix de la liberté. Et puis, pense-t-il vraiment que ces gens-là ont envie de voir leurs textes repris dans le Journal de Montréal, surtout quand on sait qu’ils pourraient être modifiés à la guise de ceux qui les publient? Je comprends que l’absence de règles et de code d’éthique chez les pigistes fasse peur, cependant. Cela revient à ce que j’écrivais précédemment.

J’ai vendu mon premier reportage à l’âge de 18 ans. Seize ans plus tard, je suis membre de quatre associations professionnelles (parce que j’ai touché à plusieurs facettes des communications). Je n’aurais jamais cru l’admettre un jour, mais le journalisme à la pige a ses limites. Moi qui aime passionnément ce métier, je reconnais que son exercice gagnerait à être mieux encadré, même si je serai la première à rager le jour où j’aurai l’impression qu’on me met des bâtons dans les roues (comme cela a déjà été le cas alors que je travaillais comme reporter pigiste à TQS… J’avais pris le syndicat en grippe parce qu’il coupait net nos envies de faire plus avec moins – moins est toujours mieux que rien, non? – dans le but de ne pas créer de précédent). 

Je ne suis pas d’accord avec toutes les revendications de l’Association des Journalistes Indépendant, que j’ai jointe officiellement hier. L’imposition d’un tarif minimum au feuillet, par exemple. Je pense que vouloir uniformiser les salaires est prendre le problème par le mauvais bout. Les médias ont des exigences bien différentes les uns des autres. Pourquoi un pigiste qui met quatre heures à pondre un texte de trois feuillets devrait-il gagner le même tarif que celui qui a besoin de deux jours entiers pour parvenir à la même longueur à cause de la recherche à faire et des précisions que lui demande son rédacteur en chef? Sans compter que le maximum restera sans doute le même pour tout le monde et que l’écart entre les deux risque d’être très minime. 

Avant de songer au salaire, je pense qu’il devient nécessaire d’établir des critères d’accession à la profession. De protéger nos droits et le peu d’acquis que nous sommes parvenus à glaner ici et là. Je ne parle pas d’obliger tout le monde à entreprendre une formation dans une école de journalisme, mais bien de gagner ses épaulettes. L’Union des artistes – un modèle qui a aussi ses failles à mon avis – exige qu’un acteur, un chanteur, un reporter ou un chroniqueur accumule des crédits avant d’accéder au statut de membre officiel (il est alors considéré comme «stagiaire»). Ce modèle pourrait-il s’appliquer en journalisme? Aucune idée. Mais il me semble de plus en plus pressant de construire des fondations avant que la maison s’écroule. 

AJOUT 19h55: Comprenez-moi bien. Je ne prétends pas posséder la science infuse. Ma réflexion sur le sujet est à peine entamée. Probablement parce que j’ai toujours mené plusieurs projets de front (recherche, reportage et chronique télé, conception-rédaction Web, rédaction de capsules télé…), qui me faisaient oublier les réalités du journaliste indépendant qui se consacre exclusivement à la presse écrite. Mon avenir dans ce merveilleux monde? Aucune idée. Chose certaine, si une vieille tante riche et inconnue me léguait soudainement sa fortune aujourd’hui, je me contenterais probablement de bloguer et d’écrire des bouquins! Tant que je me sens libre, je me sens bien…

AJOUT 20h46: Mon but n’était pas non plus de décourager les apprenti-pigistes! Au contraire, j’espère que le dossier aura avancé avant que je puisse vous lire…

 

Des lectures complémentaires, pour ceux que le sujet intéresse:

La responsabilité politique derrière les conflits chez Quebecor, ProjetJ.ca

Des pigistes craignent de devenir des briseurs de grève, La Presse

L’AJIQ fustige TVA Publications, Le Devoir

Deux classes de journalistes, ProjetJ.ca

TVA Publications ne doit pas exiger la cession des droits moraux des journalistes, FPJQ

Que doivent faire les pigistes…, blogue de Cécile Gladel

Licence exclusive Copibec versus contrat TVA Publications : précisions

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Aucun commentaire

  • Répondre Gina Desjardins 2 février 2009 - 20 h 01 min

    Excellent billet Marie-Julie!

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 2 février 2009 - 20 h 08 min

    Merci! C’est la synthèse de ma réflexion des deux dernières semaines. Je n’arrête pas de retourner les débats des derniers jours dans ma tête et plusieurs conclusions s’imposent, pas une seule… J’ai juste hâte d’avoir un peu moins de points d’interrogation dans la tête parce que ça devient difficile de se concentrer sur le boulot qui s’accumule!

  • Répondre Milou 2 février 2009 - 20 h 28 min

    Excellent billet encore une fois 🙂
    J’aime bien l’idée d’un truc “style UDA”.
    Je n’aurais rien contre le fait d’être stagiaire et gagner mes épaulettes 🙂
    En tout cas, ce débat fait réfléchir plus d’un et demande réflexion.

  • Répondre india 2 février 2009 - 20 h 45 min

    Super bon, Marie-Julie! Je te lis avec délectation.

    Comme toujours…

  • Répondre Cecile Gladel 2 février 2009 - 22 h 07 min

    Pour moi le tarif minimum est une base, ensuite tu négocies selon le travail demandé, l’expérience, etc. Car je ne pense pas que c’est professionnel d’exiger des textes payés 50 ou 70 $ le feuillet. C’est une insulte à notre expertise et intelligence.
    Aussi, si tu es payée 250 $ le feuillet, tu peux limiter le nombre de réécriture ou modifications. Il faut une fin à un moment donné…
    Aussi, un peu comme toi, je commence à être fatiguée du nombre de gens qui veulent être publiés, surtout des professionnels qui écrivent dans les revues pour leur propre publicité. Ils n’ont aucune objectivité. Je parle de médecin, psychologue, naturothérapeute, chriro, coach, etc. etc.
    Par ailleurs, je pense que cette envie d’un grand nombre d’être publié, de voir leur nom dans un média écrit fait baisser les tarifs justement. Regarde dans le monde des recherchistes, les tarifs sont pas mal plus alléchants. Mais tu n’as pas la gloire de voir ton nom en avant. C’est un travail d’arrière plan mais que j’adore.
    Pour l’éthique, je ne suis pas d’accord. Lorsque tu es membre de la FPJQ et de l’AJIQ, tu as déjà deux codes que tu suis. C’est déjà quelque chose non ?
    Je crois que la solution réside dans une loi comme celle qui régit l’UDA…
    D’ailleurs le rapport Bernier en parlait il y a quelques années. Il a été tabletté non ?….dommage.

  • Répondre Cecile Gladel 2 février 2009 - 22 h 12 min

    Ah oui et aussi une rédac chef d’une revue où je travaillais été super étonnée le jour où je lui ai dit que je ne faisais pas relire mes textes par les personnes que j’interrogeais…Pour elle c’était la base…Pas vraiment pour moi…

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 2 février 2009 - 22 h 16 min

    @Cecile: Ayoye! Tu t’imagines??????????

  • Répondre Cecile Gladel 2 février 2009 - 22 h 21 min

    Entre le fait aussi qu’on nous encourageait subtilement à utiliser les ressources qui achetaient de la publicité…..
    J’ai chialé, j’étais la seule, mes textes ont commencé à ne plus faire l’affaire…J’étais tannée et je suis partie.

  • Répondre Anne Marie Parent 2 février 2009 - 23 h 17 min

    Moi je pense plutôt que ce ne sont pas les «experts» (médecins et autres -logues) qui veulent écrire à ce point, mais plutôt que les dirigeants des magazines veulent faire d’une pierre deux coups: aller chercher des textes d’experts pour augmenter la crédibilité de leurs pages, et surtout, ne pas avoir à payer la plupart d’entre eux, pour qui la mention de leur clinique ou titre suffit comme vitrine publicitaire. En tout cas, peu importe si c’est l’œuf ou la poule, en bout de ligne, les médias veulent faire des économies et augmenter leur visibilité et leurs ventes…

    C’est drôle, moi Marie-Julie j’aurais intitulé ta chronique «Il n’y a pas que de mauvais pigistes», car il me semble que c’est le propos de M. Leblanc, du Syndicat du J de M, à Tout le monde en parle hier (1er février 2009): les pigistes ne sont pas assez bons, alors ils font baisser la qualité du journal. À nous de clamer haut et fort: «On n’est pas tous poches, calvince!!!»

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 3 février 2009 - 7 h 40 min

    @Anne Marie: Tu as travaillé comme rédactrice en chef toi aussi alors tu dois le savoir: les bons pigistes sont rares! Quand je parle d’un bon pigiste, je parle de celui qui ne travaille pas pour ses intérêts perso, mais pour celui des lecteurs. De celui qui soigne son français et revérifie ses informations. Rigueur, capacité d’adaptation au média, bonne plume, respect des deadlines… Celui qui comprend que le journalisme, ce n’est pas de la pub! Qu’il faut aussi respecter les collègues plutôt qu’essayer de les tasser pour devenir une pseudo-star… Bref, rare de rencontrer toutes ces qualités chez un même pigiste. Cela dit, je suis loin de dire que tous les journalistes permanents sont bons!

    Et puis, je n’ai pas entendu «les pigistes ne sont pas assez bons». Ce n’est pas ce que j’ai retenu en tout cas. Je pense que la crainte majeure du Syndicat du JdM est que n’importe quel zinzin qui blogue pour Archambault ou M. X d’une ville X qui s’improvise critique soit publié dans le Journal. Je comprends que chaque publication doit avoir son identité propre, aussi. Non, moi, ce qui m’a enragé, c’est qu’il pointe les autres publications de Québécor, comme si le JdM était au-dessus. Je l’ai trouvé très maladroit dans le choix de ses mots. La preuve: tous les pigistes, même ceux qui soutiennent les journalistes du JdM en lock-out, ont été en rogne à un moment ou à un autre de son intervention.

    Je pense vraiment qu’il faut se serrer les coudes, permanents et pigistes, pour faire en sorte que la profession regagne ses lettres de noblesse. Pas qu’on s’accuse les uns les autres. Nous, les pigistes, disons souvent que les permanent «dorment sur la switch». Eux, qu’on a pas de sens d’éthique! Bref, je ne pense pas que c’est en faisant la guerre à nos pairs qu’on va gagner. Il faut que tout le monde arrive à se regarder dans le miroir et à reconnaître qu’il y a du travail à faire.

    Oui, il y a de maudits bons pigistes Anne-Marie. Mais ils ne sont hélas pas majoritaires à mon avis. C’est pour ça que je pense qu’à la base, il faudrait instaurer des règles. Peut-être même faire un peu d’éducation? Je ne sais pas, je suis toujours en train de réfléchir à tout ça…

    Quant aux permanents, il faudrait qu’ils cessent de nous voir comme des menaces. On est «cheap»? Tant mieux pour eux, ils peuvent garder leur salaire, leurs avantages sociaux et tout le tralala. Moi, je préfère de loin ma liberté…

  • Répondre chroniques blondes 3 février 2009 - 17 h 54 min

    Super billet… Wow.

    Ayant moi-même reçu une lettre signée de Monsieur Leblanc, alors que j’avais démissionné- oui, à cause du conflit – depuis déjà six (!!!) semaines, j’avoue avoir été choquée de ses propos.

    Une baisse de qualité? Je l’aurais eu en face de moi, il aurait été obligé de me le redire dans les yeux et il m’aurait payé le scotch, d’aplomb.

    Dans mon autre association d’auteurs, la Sartec (Syndicat des auteurs recherchistes télévision et cinéma) pour la nommer, on est tous pigistes.

    Donc, personne ne se pogne le beigne, parce que tout est recommencer pour chaque film, chaque série. J’ai abordé mes chroniques au Journal de M de la même façon. Chaque fois, j’écrivais comme si c’était la dernière fois.

    Et… c’est très bien comme ça! On ne prend rien pour acquis.

    Il y a quand même une sorte de sélection naturelle chez les pigistes. Tu risques ta peau chaque fois et t’as que ton nom comme bannière. Donc, tu te forces le derrière chaque fois. Tu te construit une réputation – à bras – et on t’engage sur tes faits d’armes.

    Les pas bons, ceux qui “livrent” pas, ils se font pas réengager… Des fois ça prend un peu de temps, et on en connait tous, mais ultimement, ils finissent par ne plus travailler…

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 3 février 2009 - 18 h 10 min

    @chroniques blondes: Merci! C’est tout à ton honneur de travailler de cette manière. C’était la même chose pour moi quand j’écrivais pour la télé avec les contrats de la Sartec. Le problème, c’est que certains «mauvais» (c’est tellement relatif!) pigistes arrivent à se faufiler un peu partout longtemps avant que le mot se passe… Effectivement, un jour ou l’autre, ils se retrouvent sans boulot. Et puis, parfois, un pigiste peut simplement ne pas «fiter» avec une publication et faire du très bon boulot ailleurs. Donc «mauvais» fait pour moi veut dire zéro sens de l’éthique.
    En tout cas, M. Leblanc ne s’est pas attiré trop trop de sympathie dimanche soir! 😉 Dommage. So-so-so-solidarité!

  • Répondre chroniques blondes 3 février 2009 - 18 h 18 min

    Et puis, parfois, un pigiste peut simplement ne pas «fiter» avec une publication et faire du très bon boulot ailleurs.

    (rires) c’est exactement comme les amants!

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 3 février 2009 - 18 h 49 min

    Mouhahahaha!

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 3 février 2009 - 20 h 27 min

    Si un tarif minimum au feuillet est imposé, plusieurs publications vont se mettre à acheter des textes ailleurs et employer encore moins de pigistes. C’est si facile d’acheter à peu de frais des reportages provenant d’autres magazines!

    Il m’arrive parfois de collaborer à des publications qui paient moins de 100$/ feuillet parce que j’y prends un réel plaisir. Ce métier, on le fait d’abord par passion sinon il y a longtemps qu’on aurait abandonné! Demain matin, si ce même média ne faisait plus appel à des pigistes parce qu’il était obligé de payer un salaire qu’il n’est pas en mesure d’offrir, je serais bien triste. Bref, je trouve qu’il est à double tranchant, ce fameux tarif minimum.

    Je pense aussi qu’un journaliste d’expérience ne devrait pas gagner le même montant que celui qui débute. Ça m’enrage de voir le plafond arriver si vite dans ce merveilleux monde… C’est cool d’avoir un plancher, mais j’ai peur qu’il fasse descendre le plafond encore plus bas!

  • Répondre Nicolas Langelier 3 février 2009 - 19 h 40 min

    Je pense Marie-Julie que tu prends le problème à l’envers: ce n’est pas en resserant les règles d’admission à la profession que la qualité va augmenter. C’est plutôt en obtenant une meilleure rémunération qu’on va s’assurer que les meilleurs pigistes restent dans la profession, plutôt que s’exiler en recherche, en pub, en com et cie, comme c’est malheureusement le cas en ce moment.

    Deux petites précisions:

    – L’AJIQ ne prône pas du tout l’uniformisation des tarifs. Elle désire seulement qu’un plancher soit établi, à partir duquel les meilleurs (ou juste les meilleurs négociateurs!) pourront aller chercher des tarifs plus élevés.

    – La principale revendication de l’AJIQ est justement l’obtention d’une loi semblable à celle sur le statut de l’artiste, qui nous permettrait la négociation collective, comme l’UDA.

  • Répondre Pierre-Luc 4 février 2009 - 0 h 21 min

    Je viens de pas mal tout lire (en diagonale certaines parties je l’avoue).

    Un des seuls points que je ne suis pas d’accord, c’est lorsqu’on chiale que des spécialistes veulent écrire. Blâmer les -ogues, je ne pense pas que ce soit la bonne cible. Je crois qu’un magasine qui engage un spécialiste pour écrire sur un sujet dans lequel il est spécialisé n’est pas une mauvaise chose du tout.

    C’est sur que ça fait moins de place pour les autres textes, mais c’est pas une mauvaise chose qu’ils écrivent.

    À part, j’ai pas grand chose à dire… je n’y travaille pas. La plupart des pigistes semblent savoir dans quoi ils s’embarquent quand ils se lancent là dedans et il semble y avoir un manque de règlementation à ce niveau là.. parce que n’importe qui qui écrit peut se proclamer pigiste…

    Moi qui croyait l’être lorsqu’un magicien m’avait dit “Pige une carte”.

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 4 février 2009 - 0 h 24 min

    @Pierre-Luc: Je suis sérieuse ces temps-ci, hein? Disons que ces débats prennent beaucoup (trop) de place dans ma vie depuis une quinzaine de jours. Mais je reviendrai à la douce légèreté du voyage sous peu, promis! 🙂

  • Répondre pascal lapointe 4 février 2009 - 9 h 56 min

    Bonjour Marie-Julie. Dans le 2e paragraphe, tu renvoies à un texte rappelant une commission parlementaire qui, en 2001, soulignait la menace pesant sur les pigistes, à l’heure de la concentration de la presse. Il est intéressant de noter que cette menace avait éclaté en plein visage des pigistes à cause d’une controverse, l’année précédente, qui avait secoué le journal Voir: celui-ci avait exigé de ses pigistes qu’il signe un contrat de cession de droits, sans quoi ils étaient mis à pied. Plusieurs pigistes avaient refusé de signer, et avaient cessé de collaborer au journal.

    Et qui était rédacteur en chef de Voir en 2000? Richard Martineau.

  • Répondre pascal lapointe 4 février 2009 - 10 h 08 min

    Par ailleurs, sur le fond du problème, tout à fait d’accord avec toi: l’absence de cadre légal / juridique / politique / whatever, est le coeur du problème “économique” que vivent les journalistes pigistes depuis des décennies.

    Mais je rejoins Nicolas en ajoutant que si vous souhaitez que cette forme d’encadrement, en plus de donner accès à des avantages sociaux (l’assurance-emploi pour les travailleurs autonomes?) et à un minimum de protection contre les abus des patrons, si vous souhaitez qu’en plus, elle serve à déterminer qui peut exercer le journalisme et qui ne le peut pas, ce serait aller trop loin. Sans compter que vous vous heurterez à une opposition féroce du noyau dur de la profession, et l’attention, comme cela s’est produit à la FPJQ il y a plusieurs années, se focaliserait sur les mots-valises “corporation” et “ingérence gouvernementale”, au détriment des efforts pourtant nécessaires pour améliorer les conditions de travail.

  • Répondre Julien 4 février 2009 - 12 h 27 min

    J’ai l’impression que quelqu’un qui voudrait devenir un bon pigiste aujourd’hui, est un peu comme quelqu’un qui voudrait se lancer en politique par passion et pour un idéal, en souhaitant de ne pas être broyé (dénaturé ?) par le système…

    Le fait est que je souhaite devenir pigiste. Mais je veux faire ça bien et le faire en faisant ce qu’il faut pour conserver mon intégrité et mon éthique.

    Je souhaite que cela apporte quelque chose de pertinent, autant à moi qu’aux lecteurs.

    Je travaille actuellement en politique (sans être politicien). Je le fais avant tout pour payer mes factures, tout en travaillant pour quelque chose qui respecte mes valeurs.

    Mais je veux sortir de là et retrouver ma liberté de m’exprimer sur certains sujets. Je veux cette liberté de critiquer et de poser des questions qui dérangent. Je souhaite faire voyager les gens, les faire se questionner, sortir de leur quotidien ou les y ramener avec un regard nouveau et plus nourrit…

    Bizarrement, ce débat ne me décourage pas de devenir pigiste un jour… Le devrait-il ?

    ps : pour ce qui est du Journal de Montréal, je dois avouer que je n’aime pas son style.

    J’ai “tenté” de le lire à plusieurs reprises et je me suis lassé d’être forcé de naviguer entre les publicités pour pouvoir terminer la lecture des articles…

  • Répondre Benoit Bisson 5 février 2009 - 9 h 01 min

    Excellent billet, et bonne discussion, ce qui se fait plutôt rare ces temps-ci dans les commentaires de différents blogues.

    J’avoue que, comme toi, tout le merdier actuel – le lock-out, la charmante lettre de cession de droits à signer qui attend sur le coin de mon bureau, l’appel à la solidarité avec les uns qui ne sont pas eux-même foutus d’être solidaires avec les autres – commence à me donner la migraine.

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 9 février 2009 - 20 h 04 min

    @Benoit Bisson! Bonjour! Long time no see! 🙂 Ton commentaire s’était perdu dans mes spam, désolée. Comme tu l’as peut-être vu dans mon billet d’aujourd’hui, il y a quand même de l’espoir.

  • Répondre Pierre Racine 3 mai 2009 - 13 h 41 min

    J’ai plus de 30 ans de pige, “on and off”. Vous nommez une publication dans laquelle je n’ai pas écrit et je vous envoie 100 000 points Airmiles… Perspectives, L’Actualité, Châtelaine, Le Devoir, La Presse, Rogers, TVA, Nous, etc.

    Je suis actuellement payé 150$/feuillet + taxes + interurbains.

    Cela dit, voici les conclusions d’un vieux routier:

    1. C’est un métier de misère. Je n’ai connu aucun pigiste (presse écrite) qui pouvait se payer une maison, une voiture et des vacances annuelles. Oubliez la vie normale: vous serez le clochard du quartier… Et si, par miracle, vous faites entre 2000$ et 4000$ nets au cours d’un mois, touchez du bois. Ça ne durera pas! Dans ce métier de pis-aller, il n’y a pas de loyauté, de pérennité. Tôt ou tard, vous ferez une erreur, un lecteur vous assassinera dans un courriel, votre face ne reviendra pas au nouveau rédac, le contenu rédactionnel sera amputé, etc.

    2. Le VRAI problème n’est PAS le tarif au feuillet! J’ai fait BEAUCOUP plus d’argent à 50$/feuillet qu’à 150$: de 2 à 3 fois plus de l’heure. Le problème c’est la petitesse du marché qui est lilliputien. Je ne connais AUCUN métier (sic) dont le marché est aussi étroit, réduit: 3 ou 4 éditeurs dont les rédac en chef tiennent dans une salle de bain! IL EST LÀ LE PROBLÈME.

    3. Depuis une dizaine d’années les femmes ont envahi les salles de rédaction des magazines. Où est le rapport? Eh bien, je vais vous le dire: C’EST 10 FOIS PLUS COMPLIQUÉ DE “BOOKER” 1 ARTICLE. Les corrections, les ajouts de dernière minute, les changements de cap après le fait, ça n’en finit plus! Normal: les femmes sont des êtres de détail. Et n’allez surtout pas me dire que je ne suis pas compétent! Jean Paré, de l’Actualité, me courrait après et ne m’a jamais changé une ligne!!! Tu mets ça dans un CV et on t’offre 150$ du feuillet + dépenses right on. Je n’en démord pas: les femmes sont d’excellentes correctrices mais de piètres rédac en chef. Leur insécurité leur fait remettre en question chaque ligne, ils enculent les virgules ad vitam eternam, ils regardent tout au microscope électronique.. et perdent de vue la forêt. Quand on ne voit que les branches, on fait un autre métier…

    4. J’ai fait une recherche: les tarifs n’ont pas bougé aux États-Unis depuis…1957! Les caissiers chez McDonald sont mieux traités. Ceux qui reçoivent de l’aide sociale également, bien sûr.

    5. Le manque de respect dans ce métier est caricatural! Un ingénieur, il conçoit les ailes de l’Airbus A380 et les offres fusent. J’ai écrit dans les publications les plus prestigieuses, traité avec de grands rédac en chef et journalistes (Jean-François Lisée, Laurendeau, Georges-Hébert Germain à La Presse où je faisais TOUJOURS le “front page”) et on me traite toujours comme si j’étais un imberbe boutonneux qui sort d’un certificat à l’UQAM! La réponse la plus fréquente qu’on me fait: “Pierre qui…?”.

    6. Jouer au cassé, au bouffon de l’écriture, c’est drôle à 30 ans. Mais entendre ton voisin facteur qui te dit qu’il va en Europe cet été (à partir de son revenu de retraite!!) et que toi, tu sais même pas si tu vas pouvoir te payer un “Charlevoix” à 57 ans (crise économique: mes revenus ont chuté de 50% au cours des derniers mois), et que t’as pas un sou en fond de retraite, ça finit par lasser, par user, par ne plus être drôle.

    7. Et tout ça pourquoi? Pour avoir son nom en petit caractère dans des publications de moins en moins bien écrites et que de moins en moins de personnes lisent… Massacrer une vie, financièrement du moins, pour un nom en helvetica 12 points!!!??? IL FAUT ÊTRE FOU, UN DÉJANTÉ NEURONAL DE PREMIER ORDRE! D’où ma théorie: les journalistes pigistes – sauf ceux dans la vingtaine qui ne font ça qu’en attendant un vrai boulot – sont des mésadaptés, ou des malades mentaux, qui voilent leur souffrance interne derrière le rideau de la création littéraire. D’ailleurs, ceux que j’ai connu appartiennent à l’une ou l’autre de ces catégories, moi y inclus (je suis bipolaire type 2).

    8. Conclusion: la pige journalistique, ça peut être drôle…un temps. 3 facteurs favorisent l’intégration à ce métier de pure merde: la jeunesse, le fait d’avoir un conjoint qui a un revenu fixe et élevé (c’est mon cas) et la maladie mentale/l’inadaptation sociale… ce qui revient au même.

    Je ne connais PERSONNE sain d’esprit qui aurait enduré tout ce que je me suis farci en termes d’insécurité sur une aussi longue période, une stagnation de revenu sur plus de 30 ans(!), des pertes, repertes et rerepertes de contrats, des cold call où tu dois jouer le rôle de minus qui quête son “obole”, des maux d’estomac causés par l’anxiété, des emprunts que tu fais à ta femme parce que ton “chèque est en retard”, etc. Oui, je sais, d’autres métiers sont sujets à des trucs du genre. Prends une de mes voisines; elle est agente imobilière. Elle a connu tout ça, avec une petite différence: elle a fait 60 000$ au cours des 3 derniers mois!

    T’as beau pas être “à l’argent”, y’a des crisses de limites! Et tout ça sans assurance, sans fonds de retraite, sans protection en cas de maladie. Parlons pas des réunions de famille…T’es toujours le clown “pas casé” qui se dépatouille dans ses mensonges: “Pis la pige? “Ouais, ça roule…” Tu parles si ça roule! Dis ça à ton beau-frère notaire qui revient de la Guadeloupe et te montre sa Audi A3 (c’est mon cas). Où à ta femme qui te dit “C’est pas drôle de vivre avec un gars qui fait moins d’argent que toi”. Juste après qu’on vient de t’envoyer un courriel qui t’annonce qu’on vient de réduire le contenu rédactionnel du magazine de 50%… Ça use. Surtout quand tu vis pas sur le Plateau.

    Pas besoin d’être devin pour comprendre que tous les commentaires romantiques que je lis sur la pige en journalisme me font pisser de rire. Quelle naïveté!! Ben oui, y’a l’AJIQ qui “défend” “nos” droits…Bouhahaha, je n’en reviens pas! Je lisais les mêmes discours y’a 30 ans! On va faire çi, on va faire ça… Mais le “beacon”, y’est où? Nulle part. Une avalanche d’inepties enrobées dans un discours uquamesque! Anyway. Si je n’ai fait que décourager qu’une seule personne de sortir de là, je n’ai pas perdu mon temps…

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 3 mai 2009 - 15 h 27 min

    @Pierre Racine: Merci pour votre commentaire. Je suis tout à fait d’accord avec le tarif au feuillet. Quant à l’AJIQ et à ses batailles, je pense qu’il faut aussi quelques voix discordantes pour débattre et tenter de trouver des solutions. Remettre les choses en question et brasser les idées sont des exercices nécessaires pour arriver à une vraie réflexion.

    Toutefois, contrairement à vous, je crois vraiment que l’union peut faire la force. Le hic, c’est que comme pigiste, on passe déjà pas mal de temps à se démener pour arriver à tout caser dans nos horaires et s’impliquer demande du temps… Je suis en train de voir comment je pourrais faire ma part. Pour le moment, je n’ai pas trouvé grand chose de mieux que donner mon point de vue ici.

    Pour ce qui est de la petitesse du marché, vous avez tout à fait raison. Rares sont ceux qui arrivent à percer les marchés étrangers (surtout quand on ne maîtrise pas l’anglais écrit). C’est la raison pour laquelle je crois fermement que pour bien vivre de la pige, il faut diversifier nos activités: recherche/reportage radio ou télé, chronique télé, rédaction Web… peu importe, il suffit selon moi de miser sur nos forces et de ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier.

    Je trouve que vous y allez un peu fort au point 3. Étant moi-même rédactrice en chef reportages (à la pige!) pour un magazine féminin et pour avoir travaillé avec les deux sexes comme journaliste, je pense que la rigueur est essentielle, point à la ligne. La pige est aussi une question de «casting»: certaines plumes s’adaptent fabuleusement à un média, et ne «fitent» absolument pas dans un autre. La relation entre le réd chef et le journaliste influence beaucoup la qualité du travail tout comme le climat dans lequel il se fera, selon moi. On ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Il faut être sur la même longueur d’ondes, ou au moins arriver à se comprendre. Ce qui n’est pas toujours le cas. C’est la vie.

    Je n’ai peut-être pas votre expérience – 15 ans, ça compte? – mais je peux vous dire que je ne me verrais pas gagner ma vie autrement. Je veux bien sûr écrire des tas de livres, mais pour payer l’hypothèque, je pige. Et j’aime ça pour vrai! Évidemment, tous les contrats ne sont pas tous passionnants. Mais je «pitche» des sujets qui m’intéressent. Je m’arrange pour que mes intérêts personnels et professionnels soient en accord. J’organise mes horaires à ma guise. Je choisis des piges à 75$ du feuillet parce que le sujet me fait triper, et j’en accepte d’autres à 150$ parce que ça me permet de bouffer. J’accumule les expériences, je multiplie les rencontres, je m’ouvre, je découvre… les limites sont celles que JE m’impose

    Oui, j’ai du mal à joindre les deux bouts. Souvent. Surtout que mon conjoint est en recherche d’emploi. Mais nous sommes propriétaires, nous arrivons à voyager et à prendre des vacances. Je pense que tout est une question de priorités dans la vie. Je n’ai pas besoin d’une Audi pour être heureuse et côté meubles/déco, disons qu’on ne ferait pas la une du cahier «Mon toit»… lol Bien sûr, on a des dettes. Mais qui n’en a pas?

    Je ne possède pas de cinéma maison et n’en suis pas plus malheureuse. Pour le moment, je fais un métier que j’aime, de la manière que j’aime. Le jour où je penserai trop au «bacon», je changerai de branche…

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