Réflexions

Où avez-vous vraiment envie d’aller ?

16 juillet 2017
Depuis le début des temps, l’homme explore. Pour se nourrir, pour survivre, pour se construire une vie meilleure, mieux comprendre le monde qui l’entoure ou se ressourcer. Si, aujourd’hui, encore bien des gens se déplacent par nécessité, une bonne partie des voyageurs bourlingue surtout pour le plaisir.
Les choix qui s’offrent à nous sont tellement nombreux qu’on peine souvent à prendre des décisions. La plage ou la montagne ? L’exotisme ou le familier ? Hôtel ou auberge ? Valise ou sac à dos ? Sans parler des modes, tant du côté des destinations que des manières de voyager. Après le tourisme expérientiel, on découvre le tourisme transformationnel. Après s’être offert des staycations et des minivacances, on rêve de séjours axées sur le bien-être ou de slow travel.  On veut être ultra-connectés… jusqu’à ce qu’on s’offre une retraite débranchée. La formule « tout compris » ? Pfff ! Bien plus cool de louer un appart sur Airbnb, non ? Encore mieux : un hébergement ultra-insolite qui fera exploser les « likes » sur Instagram !

Soupir. Rien ne m’exaspère plus que les simili-diktas qui coupent les ailes plus qu’ils aident à les déployer.

Qu’on adhère à certaines de ces tendances parce qu’elles correspondent à notre vision du voyage et nos intérêts me semble tout à fait légitime (je suis la première à m’enthousiasmer devant un hébergement atypique !). Qu’on ait envie de voyager lentement, en restant près des gens, m’apparaît comme la plus merveilleuse manière « vivre » une destination, effet de mode ou pas. Je prends par ailleurs un malin plaisir à décortiquer toutes ces tendances, qui sont souvent le reflet du contexte social dans lequel on vit. C’est même l’une des choses qui me passionnent le plus dans mon métier de chroniqueuse voyage.

À Puerto Rico en décembre 2016

Ce qui m’énerve, ce sont les pseudo-gourous qui prêchent sans nuancer et ceux qui gobent tout sans se poser de questions. Les extrémistes qui croient détenir la vérité, jugent et condamnent sans appel. Les adeptes de l’éternel et stérile débat entre les touristes et les « vrais » voyageurs.
Faire la promotion du slow travel est une chose ; cracher sur tout ce qui ne s’inscrit pas dans cette veine en est une autre. Au Québec par exemple, bien des gens ne peuvent partir plus d’une semaine ou deux par année, et encore. Faudrait-il pour autant qu’ils restent chez eux ? Je crie : NON, à moins d’en avoir envie !
Dans un même ordre d’idée, l’économie de partage a ses limites, comme nous avons pu le constater au cours des dernières années. Airbnb a ses bons côtés, mais on a aussi vu certains dérapages. Non, rien n’est parfait.
La religion du voyage à la dure à tout prix m’apparaît par ailleurs aussi absurde que se nourrir exclusivement de McDo partout. Dude, ce n’est pas parce qu’il m’arrive de dormir dans des cinq étoiles que je suis moins voyageuse que toi. À chacun son truc et, là encore, je suis tout à fait à l’aise de changer de décor selon les projets, le contexte du voyage, mon budget et mes envies du moment. Au cours des dernières années, j’ai par exemple séjourné chez l’habitant avec Village Monde, célébré mon changement de décennie dans la suite de John et Yoko à l’hôtel Fairmont Le Reine Élizabeth et dormi à l’hôtel Plaza à New York. Sans parler de toutes les fois où j’ai roupillé sous la tente, notamment en Tanzanie. Ah ! Et je retourne à Disney World en août… Oui, j’aurai toujours une sainte horreur des étiquettes.

Aiguilles de Port-Coton

L’idéal pour qui ?

Une autre des choses qui m’exaspèrent : le snobisme entourant la formule « tout compris ». Je suis d’accord : rien ne vaut les vacances à la carte, dans des établissements gérés par des locaux. Mieux : les projets de tourisme durable qui ont un impact direct sur les communautés. Mais parfois, on a seulement envie de facilité.

Pouvons-nous, une bonne fois pour toute, se dire que l’important est de respecter son état d’esprit et ses envies profondes ? Oui, soyons conscients de l’impact de nos actions et faisons ce qui est en notre pouvoir pour voyager de la manière la plus éthique possible, mais arrêtons de nous sentir coupable parce qu’on a pas 100 % à l’examen du parfait voyageur écoresponsable et solidaire.

À l’inverse, certains abordent le voyage comme le monde de la mode. L’année dernière, ils ont tapissé leur mur Facebook de clichés de l’Islande. Cette année, ils fonceront vers le Portugal. Comprenez-moi bien : ces destinations méritent d’être explorées au même titre que le Bhoutan ou le Kirghizistan. Mais de grâce, renseignez-vous un peu avant de vous ruer dans le Barri Gòtic ou à Venise en haute saison ! Et puis, ce n’est pas parce qu’une destination est « tendance » qu’elle constitue  forcément un bon choix pour soi… Pareil pour les t-shirts « bedaines », qui ne vont pas à tous.

Fuir la tour Eiffel, mais pourquoi ?

Tant qu’à y être, pouvons-nous régler la question des attractions touristiques ? Ces lieux sur lesquels vous crachez, « vrais  » voyageurs, sont souvent chargés d’histoire. J’aurais franchement regretté de ne pas être allée visiter le Colisée à Rome comme certains me l’avaient fortement conseillé. Idem pour l’Acropole en Grèce et tant d’autres lieux !
La tour Eiffel ? En plus d’être un bon point de repère, c’est aussi le symbole d’une époque. Érigée pour l’Exposition universelle de 1889 afin de commémorer le centenaire de la Révolution française, elle a été au coeur de nombreux débats au fil des ans. Pourquoi se priver de visiter des endroits sous prétexte qu’ils sont « touristiques » ? Évidemment, là encore, mieux vaut choisir le bon moment et tenter d’éviter la cohue.
Un dernier truc : l’expression « hors des sentiers battus », utilisée à toutes les sauces. Ça veut dire quoi, en 2017 ? Une bonne partie de la planète a été piétinée encore et encore. Sans parler du fait que le connu des uns est l’inconnu des autres !

Écoutons-nous d’abord

Nos vies sont axées sur la performance. Il me semble que s’il y a un moment où l’on devrait oublier la pression sociale, c’est bien pendant les vacances. Soyons plutôt à l’écoute de nos besoins profonds ! Et puis, on a le droit de prendre des pauses de réseaux sociaux, hein. Instagramer  chaque minute de son voyage est la meilleure manière de ne pas en profiter… et de faire fuir ses abonnés.
LA question qui devrait toujours nous aider à trancher est selon moi la suivante : où ai-je VRAIMENT envie d’aller là, MAINTENANT ? Bien sûr, on peut rêver de longues vacances en famille et ne pas en avoir le temps ou les moyens dans le contexte actuel. Mais la réponse permettra d’éliminer bien des options. Le « maintenant » m’apparaît tout aussi primordial que le « vraiment ». Ce n’est pas parce que vous avez toujours voulu visiter l’Inde qu’y aller au moment où vous êtes complètement lessivé est une bonne idée !

Alors, où partirez-vous en vacances ?

Coucher de soleil à Saint-Malo

Photo de la une : Parc national du Gros-Morne, Terre-Neuve.

Pour en savoir plus : 

Quelques chroniques de l’émission Les Éclaireurs, à Ici Radio-Canada Première : Le tourisme transformationnel, plus qu’une éphémère lubie de voyageurs, Les mutations du tourisme, de Donald Trump à la Chine.

Ma destination est plus cool que la tienne

Nous sommes tous des touristes

Trop de touristes?

Une île cambodgienne où arrêter le temps

Comment voyagera le touriste de demain?

À quoi ressemblera l’industrie touristique au cours des prochaines années?

Désintox numérique ou encore plus de techno?

Ma première expérience avec Airbnb

Safari en Tanzanie, le voyage d’une vie

30 photographes de voyage à suivre sur Instagram

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2 Commentaires

  • Répondre Joelle | Elle dit 8 16 juillet 2017 - 19 h 12 min

    J’a-dhère! Faisons ce qui nous fait envie sans juger les envies d’autrui. De retour de Toronto, je pars bientôt en vacances en Guadeloupe / Martinique auprès des miens. Juste envie de ça cet été : retrouver mes adresses créoles favorites et passer de bons moments avec ma famille et mes amis d’enfance 🙂

  • Répondre Véro 18 juillet 2017 - 17 h 55 min

    J’attends la visite d’un ami qui revient en Belgique et donc pour le moment je fais du slow travel à Bruxelles ma ville. En optant pour cette découverte, je sors de ma zone de confort : une autre expression toute faite qui ne veut pas dire la même chose pour les uns ou les autres. Excellente mise au point. Je n’aurais pas pu l’exprimer avec autant de clarté.

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