Actualité Médias sociaux

24 heures plus tard

3 janvier 2010

J’ai dit pas mal tout ce que j’avais à dire à propos de l’annonce de la mort de Lhasa de Sela sur Twitter au cours des 24 dernières heures (surtout hier et ce matin). Pour ceux qui débarquent de la planète Unplugged, ce billet publié Chez Nadia résume ce qui s’est passé sur le site de microblogging depuis le premier «tweet» lancé à ce sujet.

Mon commentaire suite au billet:

Tu as omis le bout où Sylvain s’est fait attaqué de toutes parts et où tout un chacun se sentait investi de la mission de faire la leçon aux autres…

Ce que je retiens, personnellement, c’est que 1- quand une personnalité connue décède et qu’on veut étouffer la nouvelle, il faut PRÉCISER à ceux à qui on l’apprend de ne pas l’ébruiter (chose quasi-impossible en cette ère du temps réel) et 2- les relations publiques ne peuvent plus se faire de la même manière. La game a changé. Ce qui fonctionnait il y a dix – ou même deux ans – ne s’applique plus. Il faut revoir la manière de gérer les «crises». Je pense aussi que le journalisme traditionnel doit s’adapter. Et ne pas prendre une source dite «officielle» pour du cash alors que tout pointe vers l’opposé de ce qu’elle affirme… [j’ajoute pour préciser ma pensée: «en public, car on peut désormais tous suivre l’évolution des recherches en direct»]

Les gens qui sont sur les médias sociaux ont horreur qu’on les prenne pour des cons et savent trouver les informations en ligne. Vous l’avez très bien démontré en retraçant les deux sources proches de Lhasa qui ont mentionné sa mort dans leurs statuts [Facebook].

Je pense que ce dernier paragraphe est celui qui reflète encore le mieux ma pensée quelques heures plus tard. L’erreur d’Audiogram à mon avis a été le tweet lancé hier disant que Lhasa se portait bien

Chose certaine, on a pas fini d’entendre parler de «gestion de crise» sur les médias sociaux. Faudra-t-il à l’avenir jouer les relationnistes avec les proches d’une personnalité décédée et leur demander de ne pas propager la nouvelle tout de suite? Comment retenir une information de ce genre quand elle suscite une émotion aussi vive tant chez les proches que chez les fans?

Le débat va beaucoup plus loin que la chasse au scoop dénoncée par certains. Il concerne aussi le réflexe humain de partager une information qui nous secoue. On ne le fait plus au téléphone: on la diffuse dans nos réseaux. Comment tracer une ligne alors que la définition des mots «respect» et «éthique» n’est pas la même pour tout le monde? Que plusieurs ne sont pas encore conscients de la portée d’une phrase lancée sur Facebook ou sur Twitter? Que ladite phrase peut être reprise n’importe comment par la suite?

Je trouve vraiment dommage que cette artiste que j’adorais se retrouve au coeur de ce débat. Mais je pense que la réflexion sur la question est nécessaire.

RIP Lhasa.

Le communiqué officiel d’Audiogram est ici.

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10 Commentaires

  • Répondre Jean-François Maltais 4 janvier 2010 - 0 h 17 min

    Nombre de gens croient encore que Facebook, Twitter, Internet en général, et dans mon métier, les radios CB, sont des communications privées!

    J’ai jadis entendu qu’Internet, c’est comme le perron de l’église du bon vieux temps. Ce que tu n’aurais pas dit sur le perron de l’église à l’époque, tu ne devrais pas le dire sur Internet (et peu importe le site ou la façon).

    Publier quelque chose sur Internet, c’est comme passer à Tout le monde en parle (ou votre émission préférée que les trois quarts de la population du Québec regarde): certains peuvent demeurer indifférents, mais tous ont la possibilité de le savoir.

    Allo? C’est bien 2010 qui commence???
    😉

  • Répondre Mélanie Duclos (Meloyul) 4 janvier 2010 - 0 h 23 min

    Billet très pertinent. La crédibilité des « animateurs » de compte de média sociaux pour les sociétés en prendra pour son rhume à force de découvrir des rumeurs qui s’avèrent fondées malgré leur démenti.

    Une belle leçon à tirer de cet événement, où il démontré qu’ils doivent faire preuve de doigté et d’intégrité dans la diffusion des informations et n’ont pas le droit de prendre les abonnés (Facebook, Twitter, flux RSS) pour des imbéciles.

  • Répondre Nadia 4 janvier 2010 - 1 h 16 min

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Quel intérêt un internaute ordinaire aurait à trouver un scoop? Les gens partagent leurs émotions et ce qui les soulèvent. Je crois que les internautes qui ont repris la nouvelle ne cherchait ni crédit, ni scoop, juste à partager.

  • Répondre josianne 4 janvier 2010 - 13 h 37 min

    Ça me fait penser à la mort de Nelly Arcan tout ça… Heureusement, cette fois-ci, je n’y suis pour rien dans la rumeur! Mais je trouve qu’Audiogram a particulièrement mal géré cette affaire avec son tweet mensonger. On dirait que quelqu’un là-bas n’avait pas envie de travailler ce week-end et a essayé de pelleter l’affaire jusqu’à lundi. Pathétique. RIP Lhasa.

  • Répondre Martine 4 janvier 2010 - 16 h 38 min

    La discussion (je ne veux pas dire « débat » parce que c’est selon moi davantage du niveau de la discussion) va en effet plus loin que la simple « chasse au scoop ». Mais je ne crois pas qu’on doive évacuer trop vite cette réflexion sur notre désir à tous d’être « le premier, ou dans les premiers » à partager une nouvelle.

    Il y a eu une courte discussion très intéressante à ce sujet sur le mur Facebook de Rémy Charest.
    http://www.facebook.com/#/remycharest?ref=mf

    J’ai particulièrement apprécié le commentaire de Sébastien Provencher:

    « J’ai remarqué un désir chez beaucoup de participants des réseaux sociaux d’être le « connecteur/influenceur » de son groupe d’ami(e)s, donc d’être celui qui scoope tous ses amis avec un nouvelle et ce, dans le but d’augmenter son « street cred » (sa popularité?). Et il y aussi évidemment l’inquiétude ou la peine des « fans » de l’artiste. »

    Les deux sont en jeu dans le cas de cette nouvelle ou de celle de la mort de toute autre personnalité publique.

    Je pense que de vouloir questionner nos motivations et/ou le caractère approprié ou non de nos Tweets ne représente pas un jugement de valeur de « bien-pensant » et ça ne veut pas dire faire la morale. C’est simplement s’intéresser à TOUTES les facettes des réseaux sociaux, les plus glorieuses comme celles qui le sont moins.

    En tout cas ce fut ma perspective dans cette histoire.

    Ceci étant dit, quelle tristesse… J’arrive à peine à écouter sa musique depuis, moi qui ne pleure pas très facilement.

  • Répondre Paul B. 4 janvier 2010 - 18 h 09 min

    Excusez-moi un peu, mais je suis dégoûté par cet onanisme du scoop, de la puissance des médias sociaux, et de la petite tempête « Twitter vs communiqué de presse ».

    Est-ce que ça aurait changé vos vies de l’avoir sur juste demain? On est loin du twit : « missile nucléaire tombera sur Montréal dans 76 minutes », non? Audiogram est une binnerie. Ils ont cafouillé, c’est tout. Faites un colloque sur le sujet, si ça vous chante.

    Mais maudit que j’ai de la peine. Lhassa est une grande perte. Une voix qui te prend par le coeur comme ça, c’est rare et précieux. Et 3 albums, c’est pas assez pour moi. Elle va me manquer. Déballer le nouveau CD de Lhassa (je suis old-fashioned), le mettre dans le lecteur, et me dire « Maudit que c’est beau », ça ne m’arrivera plus jamais.

    Une minute de silence, svp. Et ça inclut les claviers d’ordi.

    Merci Lhassa.

  • Répondre Marie-Julie Gagnon 4 janvier 2010 - 18 h 29 min

    @Jean-François Maltais: On est en train d’inventer ces nouveaux médias en temps réel… y compris les bourdes.

    @Mélanie Duclos: Merci! En tout cas, on apprend tous en ce moment.

    @Nadia: Certains ont peut-être l’obsession du scoop, mais dans un cas comme ça, je crois aussi que c’est le réflexe de vouloir partager une nouvelle qui nous touche qui a entraîné toutes ces discussions.

    @josianne: Cette fois-ci par contre, le cafouillage d’Audiogram a effectivement foutu tout le monde en rogne. Imagine: on voyait tous passer l’info, avec liens vers les statuts Facebook des proches de Lhassa, et la compagnie de disque disait qu’elle allait bien!

    @Martine: Je trouve la discussion nécessaire et pertinente à cette époque où le «RT» permet de propager une info à la vitesse de la lumière. J’en ai eu en coulisses avec plusieurs personnes également (certaines plus musclées que d’autres). J’ai déjà lancé à la blague: «Le RT est le nouveau 5 minutes de gloire». Je suis donc en partie d’accord avec toi: les gens aiment être les premier à publier une info (j’en suis, je l’admets – pas pour rien que j’ai choisi le journalisme! – tout comme une très grande proportion d’adeptes de Twitter… la majorité?) et se gargarisent ensuite de la voir se propager. Mais Twitter, c’est aussi ça. On est tous en train de l’apprivoiser en même temps. Il y a eu des dérapages et il y en aura d’autres. Je pense toutefois que c’est profondément humain de vouloir partager une nouvelle qui nous touche, aussi tragique soit-elle. Moi aussi ça m’a mise toute à l’envers…

    @Paul B. : Imagine une seconde que tu es devant ton ordi et que tu apprends la mort d’une artiste que tu aimes (que ce soit via Twitter ou Facebook, peu importe) et qui te touche profondément. L’information provient d’un journaliste qui était aussi un proche de l’artiste. La rumeur se propage de plus en plus… La compagnie de disque affirme alors «qu’elle va bien». Pendant ce temps, d’autres découvrent des sources encore plus proches de la chanteuse, qui indiquent clairement qu’elle n’est plus de ce monde. Ce jeu du deuil-pas-deuil-deuil ne t’aurait-il pas enragé, toi aussi? On est tous d’accord sur la tristesse de la nouvelle (voir mon billet précédent). Il y a deux sujets: la mort d’une grande artiste et la manière dont elle a été annoncée.

  • Répondre Cecile Gladel 5 janvier 2010 - 1 h 22 min

    On est tous d’accord Audiogram a erré et cela devrait servir de leçon à tous ceux qui lève le nez sur les médias sociaux.

    Je suis partagée sur le désir d’avoir un scoop ou de partager sa peine. Je vais expliquer ma réaction moi la journaliste qui ne connaissait pas vraiment Lhasa. Je n’ai rien retwitté contrairement à Nelly Arcan. Pourquoi? Car je n’aime pas annoncer des morts en premier particulièrement…Je préfère d’autres scoops, car je n’éprouvais pas le besoin de partager ma peine car je ne la connaissais pas.
    Pourquoi Nelly alors ? Car je la connaissais par amis interposés, car j’avais des sources proches qui me confirmé le décès.
    Donc tout est affaire de circonstances. Et ce n’est pas les médias sociaux qui ont pêché mais Audiogram qui a menti, qui a fait espérer aux fans qu’elle était encore vivante. Ça c’est inacceptable. Totalement.

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